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pharmaco-medicale

Site du Collège National de Pharmacologie Médicale

Vitamines

Résumé de la fiche

Les vitamines sont des substances sans valeur énergétique, à faible poids moléculaire, mais essentielles pour l’organisme. Le corps humain est incapable de les synthétiser en quantité suffisante à l'exception des vitamines D et K. Les vitamines doivent donc être apportées par l'alimentation. On distingue les vitamines liposolubles (A,D,E,K) et les vitamines hydrosolubles (B,C).

Les carences sont fréquentes, liées au terrain (nouveau-né, enfant, grossesse), au régime alimentaire, à certaines pathologies (dénutrition, alcoolisme) ou à des interactions médicamenteuses.

Le surdosage en vitamines est rare mais pourrait être grave, souvent lié à la multiplication des sources de vitamines, en particulier de compléments alimentaires. 

Item(s) ECN

N° 48. Alimentation et besoins nutritionnels du nourrisson et de l'enfant
N° 248 et 250. Prévention primaire par la nutrition chez l'adulte et l'enfant
N° 254. Besoins nutritionnels de la femme enceinte

Rappel physiopathologique

Les vitamines sont impliquées dans de nombreuses fonctions biologiques : construction de l’organisme (croissance, développement du squelette…), fonctionnement et entretien du corps (transformation et utilisation des macro-nutriments, vision, coagulation du sang, systèmes musculaire, nerveux, immunitaire, fabrication d'ADN, …). (see tableau 1)

Une alimentation équilibrée et diversifiée permet de couvrir les besoins de l’organisme. En outre, des apports adéquats en vitamines sont un pré-requis dans la prévention de nombreuses pathologies (maladies liées au vieillissement, maladies cardiovasculaires, cancers). 

Un apport trop élevé de vitamines n’améliore pas les performances d'un organisme qui fonctionne déjà normalement ! Leur surconsommation peut avoir, à moyen ou long terme, des effets toxiques. A l’inverse, un apport insuffisant entraîne des déficits, voire des carences associées à des troubles cliniques et/ou pathologiques. 

Médicaments existants

Les vitamines se divisent en deux grandes classes : les vitamines liposolubles (A, D, E, K) et hydrosolubles (B, C).

Tableau 1 : Classification des vitamines : rôle, signes en cas de carence, source alimentaire, Référence Nutritionnelle pour la Population

Vitamine

Molécule

Rôle 

Signes en cas de carence

Source alimentaire

Référence Nutritionnelle pour la Population (RNP) adulte

Vitamines liposolubles

A

Rétinol et caroténoïdes (précurseurs vitamine A)

Vision

multiplication, 

et différenciation des épithéliums (œil++)

synthèse de la rhodopsine

Régulation expression génome

Système immunitaire

Retard de croissance intra-utérin, malformations congénitales, anomalies oculaires

Rétinol : produits animaux (abats, huile de poisson, beurre, jaune d’œuf)

Caroténoïdes : légumes (carotte, patate douce, potiron) et fruits (melon, mangue)

650-750 µg équivalent rétinol /j

D

Calciférol

Métabolisme phosphocalcique

Minéralisation des tissus

Rachitisme (enfant)

Ostéomalacie, ostéoporose (adulte)

Poissons gras, huile de foie de morue, jaune d’œuf

Synthèse endogène par l’épiderme sous l’action des ultraviolets

15 µg/j (apport satisfaisant)

E

Tocophérol

Antioxydant

Composant essentiel des membranes

Régulation expression génome

Risque de carence si cholestase, dénutrition sévère, mucoviscidose

Symptômes neurologiques : ataxie

Huiles végétales, huile de foie de morue, fruits à coque

9-10 mg/j (apport satisfaisant)

K1

Phylloquinone

Coagulation

Troubles de la coagulation

Légumes à feuilles vertes, huiles végétales

79 µg/j (apport satisfaisant)

K2

Ménaquinone

Métabolisme osseux

Troubles du métabolisme osseux

Produits animaux (foie, viande, jaune d’œuf)

Synthèse endogène par le microbiote intestinal

 
Vitamines hydrosolubles

B1

Thiamine

Métabolisme des glucides

Transcétolisation

Neurotransmission

Conduction nerveuse

Risque de carence si dénutrition/alcoolisme/malabsorption intestinale

Béribéri : polyneuropathie, cardiopathie

Encéphalopathie de Gayet-Wernicke : confusion mentale, troubles oculomoteurs, ataxie cérébelleuse

Céréales complètes, oléagineux, viande

0,1 mg/MJ (mégajoule)

B2

Riboflavine

Métabolisme énergétique

Cofacteur des flavoprotéines

Métabolismes du fer

Rare

Signes cutanéo-muqueux (dermite séborrhéique) ou oculaires (sécheresse)

Produits laitiers, œufs, foie 

1,6 mg/j

B3 (en France)/PP

Niacine

Cofacteur oxydoréduction dans métabolisme énergétique

Pellagre : dermatite photosensible, lésions cutanées, vomissements, dépression

Viandes, foie, poissons

1,6 mg EN/MJ

(Équivalent niacine par mégajoule)

B3 (Anciennement B4)

 

Choline

Métabolisme lipides

Synthèse neurotransmetteurs

Atteintes hépatiques et musculaires

Œufs, viande, poisson

400 mg/j (apport satisfaisant)

B5 (en France)

Acide panthothénique

métabolisme des radicaux acyl sous forme de coenzyme A

Métabolisme énergétique

Rare

Troubles de l’humeur, troubles du sommeil, troubles neurologiques

Ubiquitaire

Viande, pain, lait 

5-6 mg/j 

B6

Pyridoxine

Métabolisme acides aminés

Synthèse neurotransmetteurs

Anémie microcytaire hypochrome, convulsions, symptômes cutanés

Céréales, légumes amylacés, foie, poisson 

1,6-1,7 mg/j 

B8 ou H

Biotine

Cofacteur enzymes du métabolisme énergétique

Carboxylation 

Transcription des gènes

Dermatite, perte des cheveux, conjonctivite

Ataxie et retard de développement chez l’enfant

Foie, œufs cuits, champignons

40 µg/j

B9

Acide folique

Métabolisme acides aminés

métabolisme des radicaux méthyl

Division cellulaire

Anémie mégaloblastique

Malformations congénitales (anomalies fermeture tube neural)

Légumineuses, légumes à feuilles, foie

330 µg EFA/j

(Equivalent Folates Alimentaires)

B12

Cobalamine

Métabolisme propionate et vitamine B9

Anémie mégaloblastique (Biermer)

Atteintes neurologiques : démyélinisation

Fréquent chez les végétaliens

Abats, poissons, oeufs

4 µg/j

(apport satisfaisant)

C

Acide ascorbique

Coenzyme synthèse carnitine, catécholamines, collagène

Antioxydant

Scorbut : syndrome hémorragique, troubles de la cicatrisation, signes rhumatismaux

Fruits (cassis, agrumes)

Légumes (persil, poivron rouge)

110 mg/j

Les Références Nutritionnelles pour la Population (RNP) sont données à titre indicatif pour un adulte. Elles sont à adapter, en particulier chez les enfants, adolescents, femmes enceintes ou allaitantes. 

Mécanismes d’action des différentes molécules

La plupart des vitamines agissent comme des coenzymes ou des cofacteurs de réactions enzymatiques. (see tableau 1)

Les vitamines hydrosolubles B et C jouent un rôle majeur dans de très nombreuses réactions métaboliques comme cofacteur enzymatique et interviennent dans beaucoup de réactions d’oxydo-réduction

Les vitamines C et E (principales vitamines antioxydantes) sont actives sous leur forme naturelle, alors que la plupart des autres vitamines nécessitent une transformation, avant de remplir la fonction de coenzyme (phosphorylation, liaison à l'enzyme...).

Parce qu’elles se lient à un récepteur cytosolique et à un récepteur nucléaire et qu’elles modifient la synthèse protéique, les vitamines D et A agissent selon un mécanisme semblable à celui des hormones stéroïdiennes et sont de fait des hormones

Plusieurs vitamines agissent de façon synergique sur une même réaction ou fonction. Les vitamines A, C et E sont toutes trois antioxydantes, mais nécessitent la présence de sélénium ou de zinc pour avoir une efficacité optimale. Les vitamines B6, l’acide folique et la vitamine B12 sont toutes impliquées dans le métabolisme de l’homocystéine dont l’augmentation est considérée comme un facteur de risque cardiovasculaire. 

 

Pharmacodynamie des effets utiles en clinique

La vitaminothérapie corrigerait des effets cliniques ou biologiques des déficites en vitamine correspondant. 

La vitaminothérapie a pour but préventive ou curative dans les circontances spécifiques. 

Quelques exemples les plus fréquentes utilisés en clinique:

Vitamine K utilisée en prévention syndrome hémorragique du nouveau-né à la naissance.
Vitamine K utilisée comme antidote en cas de surdosage en AVK

Vitamine D utilisée en prévention et aussi en traitement de rachitisme partilulièrement chez la femme enceinte pour prévenir l'hypocalcémie et rachitisme du nouveau-né. Vitamine D utilisé en association avec Calcium dans le traitement de l'ostéosporose.

Vitamine B9 (acide folique) a été sumplémenté systématiquement chez les femmes enceintes en période préconceptionnelle à raison de 400 microgrammes par jour jusqu’à la 12e semaine d’aménorrhée en prévention des anomalies du tube neural du foetus. Elle est souvent associée avec vitamine B12 ou avec le fer pour prévenir ou traiter de l'anémie

Caractéristiques pharmacocinétiques utiles en clinique

Vitamines liposolubles

Les vitamines liposolubles sont présentes dans l'alimentation et absorbées avec les lipides : elles se dissolvent dans la phase lipidique du bol alimentaire au niveau de l'estomac, puis sont hydrolysées par différentes enzymes (pancréatiques, intestinales) au niveau de l'intestin proximal. Elles sont incorporées dans des micelles puis absorbées par les entérocytes.

A noter qu'une partie de la vitamine K est synthétisée directement par le microbiote intestinal. La vitamine D est présente dans l'alimentation mais est aussi synthétisée de façon endogène après exposition solaire (ultraviolets B). 

Les vitamines liposolubles sont ensuite stockées principalement dans le tissu adipeux (D, E) et hépatique (A, K).

Vitamines hydrosolubles

Elles sont présentes dans l'alimentation. La majorité des vitamines hydrosolubles sont absorbées dans la partie proximale de l'intestin. La vitamine C est absorbée dans la partie distale de l'intestin.

La vitamine B12 est libérée des protéines alimentaires auxquelles elle est liée dans l'estomac, sous l’effet de la pepsine et de l’acidité gastrique. Elle se lie à l'haptocorrine, puis au facteur intrinsèque. Le complexe vitamine B12-facteur intrinsèque est absorbé par endocytose au niveau de l'iléon, sous la dépendance du calcium. A des doses élevées de supplémentation en vitamine B12, il existe une absorption indépendante du facteur intrinsèque, par des phénomènes de diffusion passive. 

La plupart des vitamines hydrosolubles ne sont pas stockées et leur excès est excrété dans les urines. En revanche, la vitamine B12 est stockée en grande quantité dans le foie et plusieurs mois de carence sont nécessaires avant l'épuisement des réserves.  

Source de la variabilité de la réponse

- Insuffisance d'apport, dénutrition

- Grossesse : augmentation des besoins, notamment en vitamine B9. Une supplémentation en vitamine B9 (acide folique) est recommandée en période préconceptionnelle à raison de 400 microgrammes par jour jusqu’à la 12e semaine d’aménorrhée. Une supplémentation en vitamine D est recommandée au septième mois de grossesse, avec une dose unique de 80 000 à 100 000 UI. En revanche, hormis ces recommandations ou besoin spécifique établi, l'Anses recommande d’éviter la multiplication des sources de vitamines et minéraux (signalements de cas d’hypercalcémie néonatale et d’hypothyroïdie congénitale impliquant des compléments alimentaires). Il est ainsi recommandé de privilégier le recours aux médicaments plutôt qu'aux compléments alimentaires.

- Nouveau-né : synthèse endogène de vitamine K insuffisante, nécessité de supplémentation : 2 mg de vitamine K à la naissance puis entre le 3e et le 4e jour de vie, puis 2 mg per os à 1 mois en cas d'allaitement maternel exclusif (recommandations 2017 Société Française de Néonatologie). Les doses sont augmentées chez le nouveau-né prématuré.

- Nourrisson, enfant, adolescent : supplémentation recommandée en vitamine D, entre 400 à 800 UI par jour entre 0 et 18 ans, et entre 800 et 1600 UI par jour entre 2 et 18 ans en présence de facteurs de risque uniquement (recommandations 2022 Association Française de Pédiatrie Ambulatoire).

- Insuffisance pancréatique : diminution de l'absorption des vitamines liposolubles

- Maladie coeliaque : risque carence vitamines B6, B9, B12

- Gastrectomie/résection intestinale : risque carence vitamines B1, B6, B8/H, B12 et liposolubles 

- Consommation excessive d'alcool : risque de carence vitaminique, d'origine multifactorielle : déficit d'apport, diminution de l'absorption des vitamines hydrosolubles ainsi que des vitamines liposolubles (insuffisance pancréatique). 

- De nombreuses interactions existent entre les différentes vitamines liposolubles puisqu'elles présentent des transporteurs communs au niveau de l'absorption intestinale : en cas de supplémentation il est recommandé de consommer les différentes vitamines liposolubles à distance les unes des autres.

- Interactions médicamenteuses 

- Inhibiteurs de la pompe à protons : diminuent l'absorption de la vitamine B12  (+ vitamine C)

- Metformine : diminue l'absorption de la vitamine B12 (+ vitamine B1)

- Nombreux antiépileptiques : diminuent l'absorption de la biotine (vitamine B8/H) et de la vitamine B9

- Methotrexate : antagoniste de la vitamine B9

- Antibiothérapie prolongée à large spectre : destruction flore intestinale et risque carence en vitamine K

 

Situations à risque ou déconseillées

- Chez les fumeurs et anciens fumeurs, la supplémentation en bêta-carotène à fortes doses (>20 mg/jour) est associée à une augmentation du risque de cancer des poumons 

 

Précautions d’emploi

- Pour éviter tout surdosage, tenir compte des doses totales de vitamine en cas d'association de plusieurs médicaments et/ou compléments alimentaires contenant cette vitamine.

- Grossesse : hormis les recommandations de supplémentation en vitamine B9 et D, ou besoin spécifique établi, l'Anses recommande d’éviter la multiplication des sources de vitamines et minéraux (signalements de cas d’hypercalcémie néonatale et d’hypothyroïdie congénitale impliquant des compléments alimentaires). Il est ainsi recommandé de privilégier le recours aux médicaments plutôt qu'aux compléments alimentaires.

Effets indésirables

Toxicité de certaines vitamines, le plus souvent en cas de supplémentation excessive :

- Hypervitaminose A : hypertension intracrânienne, hyperostose anarchique, troubles de la croissance chez l'enfant, asthénie, troubles digestifs, hépatomégalie et hypertension portale. Risque tératogène chez la femme enceinte.

- Excès de caroténoïdes : pigmentation cutanée orangée. Chez le fumeur ou l'ancien fumeur, augmentation du risque de cancer du poumon.

- Intoxication à la vitamine D

Le recours aux compléments alimentaires contenant de la vitamine D peut exposer à des apports trop élevés et provoquer une hypercalcémie entraînant la calcification de certains tissus, et des conséquences cardiologiques (arythmie) et rénales (néphrocalcinose). Au-delà de l’hypercalcémie, l’excès d’apport en vitamine D peut causer d’autres troubles tels que des maux de tête, des nausées, des vomissements, une perte de poids ou encore une fatigue intense.

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  • Dernière modification: : Inès Ben Ghezala, complété par Kim An NGUYEN
  • 28 Mai 2024