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Médicaments de l'Hypertension Artérielle Pulmonaire

Résumé de la fiche

Les médicaments dits spécifiques de l’HTAP regroupent trois familles hétérogènes, ayant en commun un effet vasodilatateur et antiprolifératif au niveau des artérioles pulmonaires.

Les analogues de la prostacycline sont des médicaments à demi-vie courte, qui nécessite une administration particulièrement contraignante. Leur profil d’effets indésirables est marqué par des effets vasomoteurs intenses (céphalées, flush, hypotension) et par des complications au site de perfusion. Ces médicaments sont utilisés dans les formes sévères d’HTAP.

Les antagonistes des récepteurs de l’endothéline sont des traitements oraux dont le principal effet indésirable est l’hépatotoxicité dose-dépendante. Leur chef de file, le bosentan, présente aussi de nombreuses interactions médicamenteuses.

Les inhibiteurs de la phosphodiesterase-5 sont des traitements oraux relativement bien tolérés. Leur utilisation est contre-indiquée avec les dérivés nitrés ou avec les inhibiteurs puissants du cytochrome P450 3A4.

Item(s) ECN

232 : Insuffisance cardiaque de l'adulte

Rappel physiopathologique

L’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) est une maladie rare et grave caractérisée par une augmentation progressive des résistances vasculaires pulmonaires liée à un remodelage pathologique du réseau artériel pulmonaire. Cette augmentation des résistances entraîne une élévation de la post-charge du ventricule droit, pouvant évoluer vers une dysfonction ventriculaire droite puis une insuffisance cardiaque droite.

L’HTAP comprend des formes idiopathiques, héréditaires, associées à certaines maladies systémiques (connectivites, hypertension portale, infection par le VIH, cardiopathies congénitales), ou induites par certains médicaments ou toxiques. Elle se distingue des autres formes d’hypertension pulmonaire liées à une atteinte cardiaque gauche, à des maladies respiratoires chroniques, ou à une maladie thromboembolique pulmonaire chronique.

La physiopathologie de l’HTAP est complexe et multifactorielle. Elle associe une dysfonction endothéliale, une prolifération excessive des cellules musculaires lisses et des cellules endothéliales pulmonaires, une inflammation, des phénomènes thrombotiques locaux et des anomalies de signalisation cellulaire conduisant à un remodelage progressif des artères pulmonaires. Plusieurs voies moléculaires sont impliquées dans ce processus. La voie du monoxyde d’azote (NO) est altérée, avec une diminution de la production endothéliale de NO. Après diffusion dans les cellules musculaires lisses, le NO active normalement la guanylate cyclase soluble (sGC), conduisant à la production intracellulaire de guanosine monophosphate cyclique (GMPc). Le GMPc est responsable d’une relaxation des cellules musculaires lisses vasculaires et possède par ailleurs des effets antiprolifératifs. La voie de la prostacycline (PGI2) est également alterée, avec une diminution de la production de PGI2, qui possède des propriétés vasodilatatrices et antiagrégantes plaquettaires. À l’inverse, l’endothéline-1 (ET-1), peptide endothélial décrit comme l’un des plus puissants médiateurs vasoconstricteurs, peut être surexprimée chez les patients atteints d’HTAP. Outre ses effets vasoconstricteurs, l'ET-1 exerce aussi des effets prolifératifs, pro-inflammatoires et pro-fibrotiques contribuant au remodelage vasculaire pulmonaire. Des travaux plus récents ont finalement mis en évidence le rôle majeur de la voie de signalisation de la superfamille du transforming growth factor β (TGF-β) dans la physiopathologie de l’HTAP. Dans des conditions physiologiques, un équilibre existe entre les voies pro-prolifératives (notamment via les activines ou la bone morphogenic protein) et les voies anti-prolifératives. Chez les patients atteints d’HTAP, cet équilibre est altéré au profit d’une signalisation excessive favorisant la prolifération cellulaire, l’inflammation et le remodelage vasculaire pulmonaire.

Médicaments existants

La prise en charge de l’HTAP associe des mesures générales, des traitements symptomatiques et des traitements ciblant spécifiquement les mécanismes physiopathologiques de la maladie. Les traitements non spécifiques peuvent inclure notamment des diurétiques, l’oxygénothérapie, ainsi qu’une anticoagulation orale. Une minorité de patients présentant une vasoréactivité pulmonaire aiguë positive peut également bénéficier d’un traitement par inhibiteurs calciques à fortes doses.

Avant 2024, les traitements spécifiques des voies impliquées dans l’HTAP étaient centrés sur trois grandes voies physiopathologiques : la voie de la PGI2 (médicaments analogues de la prostacycline et agonistes du récepteur IP), la voie de l'ET-1 (médicaments antagonistes des récepteurs de l’endothéline) et la voie du NO (médicaments inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5, stimulateurs de la guanylate cyclase soluble). Depuis 2024 en France, la prise ne charge des patients atteints d'HTAP peut également inclure le sotatercept ciblant la voie activine/TGF-β.

Voie physiopathologique cible Classe thérapeutique DCI Spécialités (exemples) Voies et doses usuelles
Voie  de la prostacycline Analogues de la prostacycline Époprosténol Flolan® Perf IV continue : 2–40 ng/kg/min
Tréprostinil Remodulin®

IV : 1,25–100 ng/kg/min

SC : 1,25–50 ng/kg/min

Iloprost Ventavis® Inhalation : 18–54 µg, 6–9 fois/j
Agoniste sélectif du récepteur IP Sélexipag Uptravi® Voie orale : 200–1600 µg x2/j
Voie de l'endothéline Antagonistes des récepteurs de l'endothéline Bosentan Tracleer® 62,5 mg x2/j puis 125 mg x2/j
Ambrisentan Volibris® 5–10 mg/j
Macitentan Opsumit® 10 mg/j
Voie du NO-GMPc  Inhibiteurs de PDE-5 Sildénafil Revatio® 20 mg x3/j
Tadalafil Adcirca® 40 mg/j
Stimulateur de la guanylate cyclase soluble Riociguat Adempas® 1–2,5 mg x3/j
Voie de l'activine/TGF-β Modulateur activine/TGF-β Sotatercept Winrevair® 0,3→0,7 mg/kg SC toutes les 3 semaines

 Tableau 1. Médicaments spécifiques de l’HTAP.

Mécanismes d’action des différentes molécules

Analogues de la prostacycline (PGI2) et agoniste du récepteur IP
Les analogues de la prostacycline visent à restaurer la voie de la PGI2 déficitaire dans l'HTAP. A la manière de la PGI2 endogène, ils activent notamment le récepteur IP exprimés au niveau des cellules musculaires lisses vasculaires et des plaquettes, entraînant une augmentation intracellulaire d’AMPc, responsable d’une relaxation des cellules musculaires lisses, d’une inhibition de l’agrégation plaquettaire et d’une diminution des phénomènes prolifératifs impliqués dans le remodelage vasculaire pulmonaire (Figure 1). Le sélexipag est le premier agoniste sélectif oral non prostanoïde du récepteur IP. Contrairement aux analogues de la prostacycline, il présente une structure chimique distincte et cible spécifiquement le récepteur IP. Sa forte sélectivité pour ce récepteur, associée à une faible affinité pour les autres récepteurs prostanoïdes (EP1–EP4, DP1...) contribue à limiter certains effets indésirables associés aux analogues de la prostacycline.

Antagonistes des récepteurs de l’endothéline (ET-1)

L’ET-1 agit en activant deux sous-types de récepteurs (ETA et ETB), présents au niveau des cellules musculaires lisses des artères pulmonaires, mais aussi des fibroblastes, cardiomyocytes et cellules inflammatoires. Les récepteurs ETB sont également présents au niveau endothélial, où ils exercent au contraire un effet vasodilatateur en potentialisant la libération de NO et de PGI2. Le bosentan et le macitentan sont des antagonistes compétitifs dit mixtes car qui se liant avec une forte affinité aux récepteurs ETA et ETB. L’ambrisentan présente une plus forte affinité pour les récepteurs ETA, ce qui permet en théorie de préserver l’effet vasodilatateur lié à l’activation des récepteurs ETB endothéliaux (Figure 1).

Inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE-5)

Après activation de la la guanylate cyclase soluble par le NO pour stimuler la production de GMPc, cette GMPc est hydrolysé en GMP par des phosphodiestérases, et notamment la PDE-5. Les inhibiteurs de la PDE-5 sont donc à l’origine d’une augmentation de la concentration de GMPc, produisant un effet vasodilatateur augmenté et prolongé (Figure 1).

Stimulateur de la guanylate cyclase soluble (sGC)

Le riociguat est le premier représentant de la classe des stimulateurs de la sGC. Il agit selon un double mécanisme : il stimule directement la sGC, et augmente la sensibilité de cette sGC pour le NO endogène en stabilisant l’interaction entre le NO et son récepteur. Cette double action permet d’augmenter la production de GMPc, entraînant une vasodilatation pulmonaire mais également des effets antiprolifératifs et antifibrotiques susceptibles de limiter le remodelage vasculaire pulmonaire (Figure 1).

Modulateur de la voie activine/TGF-β

    Le sotatercept est une protéine de fusion recombinante agissant comme un « piège à ligands » des activines et protéines apparentées. Il permet de rééquilibrer les voies de signalisation impliquées dans la prolifération cellulaire et le remodelage vasculaire pulmonaire. Contrairement aux traitements plus conventionnels, le sotatercept agit directement sur les mécanismes pathologiques responsables de l’évolution de la maladie.

HTAP
Figure 1. Mécanisme d’action des médicaments de l’HTAP. Les flèches pleines représentent une activation, les flèches en pointillés une inhibition. AA : acide arachidonique ; Ach : acétylcholine ; AMPc : adénosine monophosphate cyclique ; Big-ET : big endothéline ; BK : bradykinine ; COX : cyclo-oxygénase ; CYP : cytochrome P450 ; ECE : enzyme de conversion de l’endothéline ; EETs : acides époxyéicosatriénoiques ; eNOS : NO synthase endothéliale ; ET-1 : endothéline ; ETA/ETB : récepteurs de l’endothéline A/B ; GCs : guanylate cyclase soluble ; GMP : guanosine monophosphate : GMPc : GMP cyclique ; IP : récepteur IP ; NO : monoxyde d’azote ; PDE-5 : phosphodiesterase de type 5 ; PGI2 : prostacycline ; SP : substance P.

Effets utiles en clinique

La prescription des traitements spécifiques de l’HTAP est réservée à des médecins spécialistes expérimentés dans la prise en charge de cette pathologie. La stratégie thérapeutique actuelle repose principalement sur une évaluation multidimensionnelle du risque. Cette évaluation prend notamment en compte les symptômes, la classe fonctionnelle, la distance au test de marche de 6 minutes, les biomarqueurs (BNP ou NT-proBNP), ainsi que les paramètres hémodynamiques.

Chez les patients à risque faible ou intermédiaire : une bithérapie orale initiale associant un antagoniste des récepteurs de l’endothéline et un inhibiteur de la PDE-5 est actuellement recommandée. Une intensification thérapeutique peut être envisagée en cas de réponse insuffisante, notamment par ajout d’un traitement ciblant la voie de la prostacycline ou, chez certains patients, par ajout du sotatercept.

Chez les patients à haut risque ou présentant une forme sévère d’HTAP : des stratégies thérapeutiques plus intensives incluant notamment les prostacyclines parentérales peuvent être proposées d’emblée.

L’association de plusieurs traitements ayant des mécanismes d’action complémentaires constitue aujourd’hui une stratégie majeure de prise en charge, permettant d’agir simultanément sur différentes voies physiopathologiques impliquées dans la maladie.

Pharmacodynamie des effets utiles en clinique

Se réferer aux mécanismes d'action décrits ci-dessus

Caractéristiques pharmacocinétiques utiles en clinique

Les propriétés pharmacocinétiques des différents médicaments spécifiques des voies impliquées dans l’HTAP sont résumées dans le tableau 2.

DCI Biotransformation et élimination Particularités pharmacocinétiques / risque d’interactions
Analogues de la prostacycline
Époprosténol T½ : 3-6 min ; hydrolyse rapide Demi-vie très courte imposant une perfusion IV continue
Iloprost T½ : 20-30 min ; métabolisme hépatique (β-oxydation) Inhalations répétées (6-9 fois/j)
Tréprostinil T½ : 3-5 h ; métabolisme hépatique principalement par CYP2C8 Risque d’interactions avec inhibiteurs/inducteurs CYP2C8
Agoniste IP non prostanoïde
Sélexipag Prodrogue ; métabolisme hépatique (CYP2C8 principalement) ; métabolite actif T½ = 8 h Interactions importantes avec inhibiteurs puissants du CYP2C8 (ex : gemfibrozil)
Antagonistes des récepteurs de l’endothéline
Bosentan Métabolisme hépatique (CYP3A4, CYP2C9) ; transporteurs OATP Inducteur CYP3A4/CYP2C9 ; nombreuses interactions médicamenteuses ; hépatotoxicité potentielle
Ambrisentan Glucuronidation principalement ; CYP peu impliqués
Macitentan Métabolisme hépatique CYP3A4 principalement Interactions avec inhibiteurs/inducteurs puissants du CYP3A4
Voie NO–GMPc
Sildénafil Métabolisme hépatique (CYP3A4 principal, CYP2C9 secondaire) ; T½ = 4 h Interactions CYP3A4 ; contre-indiqué avec dérivés nitrés
Tadalafil Métabolisme hépatique (CYP3A4) ; T½ = 35 h Interactions CYP3A4 ; contre-indiqué avec dérivés nitrés
Riociguat Métabolisme hépatique (CYP1A1, CYP3A4, CYP2J2) Contre-indiqué avec inhibiteurs PDE-5 ; exposition diminuée chez les fumeurs
Modulateur activine/TGF-β
Sotatercept Élimination lente ; T½ = 23-24 jours Administration SC toutes les 3 semaines ; faible potentiel d’interactions CYP

Tableau 2. Principales caractéristiques pharmacocinétiques des médicaments spécifiques de l’HTAP.

Source de la variabilité de la réponse

Analogues de la prostacycline (PGI2) et agoniste du récepteur IP :

La réponse aux traitements ciblant la voie de la prostacycline présente une importante variabilité interindividuelle. Celle-ci peut s’expliquer par des différences pharmacocinétiques, mais également par des facteurs pharmacodynamiques (expression des récepteurs IP, intensité du remodelage vasculaire pulmonaire...). Les effets indésirables dose-dépendants (céphalées, diarrhées, douleurs mandibulaires, hypotension) peuvent contribuer à une exposition thérapeutique hétérogène entre patients. Concernant le sélexipag, des polymorphismes enzymatiques et les interactions impliquant le CYP2C8 peuvent également influencer l’exposition au traitement.

Antagonistes des récepteurs de l’endothéline (ET-1) :

La variabilité de réponse aux antagonistes des récepteurs de l'ET-1 est multifactorielle. Elle dépend notamment des différences d’exposition liées au métabolisme hépatique et à l’activité des transporteurs membranaires (OATP, P-gp), particulièrement pour le bosentan. Des facteurs liés à la physiopathologie sous-jacente, tels que l’intensité de l’activation de la voie endothéline ou les caractéristiques cliniques des patients, peuvent également influencer l’efficacité thérapeutique.

Inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE-5) et stimulateur de la guanylate cyclase soluble (sGC) :

Les traitements ciblant la voie NO–GMPc présentent une variabilité liée à des facteurs pharmacocinétiques, notamment aux interactions médicamenteuses impliquant les cytochromes P450, principalement le CYP3A4. Les fonctions hépatique et rénale, l’âge, les comorbidités cardiovasculaires ainsi que certaines caractéristiques physiopathologiques propres à l’HTAP peuvent également modifier l’exposition au traitement. La diminution de la disponibilité endogène en monoxyde d’azote pourrait également contribuer à une réponse thérapeutique variable entre individus.

Modulateur de la voie activine/TGF-β :

Le sotatercept étant une thérapeutique récente, les déterminants de sa variabilité interindividuelle restent encore partiellement caractérisés. Les différences de profil biologique des patients, notamment l’intensité des anomalies impliquées dans les voies de signalisation activine/TGF-β, pourraient contribuer à des réponses thérapeutiques variables. Des facteurs liés aux caractéristiques individuelles des patients et à l’évolution de la maladie pourraient également influencer l’efficacité clinique observée.

Situations à risque ou déconseillées

Les principales contre-indications des médicaments spécifiques de l’HTAP sont résumées ci-dessous. Elles doivent être vérifiées dans le résumé des caractéristiques du produit avant toute initiation, notamment en raison du risque tératogène des antagonistes des récepteurs de l’endothéline et du riociguat, ainsi que des contre-indications liées aux interactions médicamenteuses.

Analogues de la prostacycline
Époprosténol Hypersensibilité ; insuffisance cardiaque liée à une dysfonction ventriculaire gauche sévère ; œdème pulmonaire survenant lors de l’initiation du traitement
Iloprost Hypersensibilité ; situations à haut risque hémorragique ; cardiopathie ischémique sévère ou angor instable ; infarctus du myocarde récent ; insuffisance cardiaque décompensée ; troubles du rythme sévères
Tréprostinil Hypersensibilité ; insuffisance hépatique sévère ; situations à haut risque hémorragique ; cardiopathie ischémique sévère ou angor instable ; insuffisance cardiaque décompensée ; troubles du rythme sévères
Agoniste IP non prostanoïde
Sélexipag Hypersensibilité ; association aux inhibiteurs puissants du CYP2C8
Antagonistes des récepteurs de l’endothéline
Bosentan Grossesse ; absence de contraception fiable chez la femme en âge de procréer ; insuffisance hépatique modérée à sévère ; transaminases > 3 N ; association à la ciclosporine
Ambrisentan Grossesse ; absence de contraception fiable chez la femme en âge de procréer ; insuffisance hépatique sévère ; transaminases > 3 N ; fibrose pulmonaire idiopathique, avec ou sans hypertension pulmonaire secondaire
Macitentan Grossesse ou absence de contraception fiable chez la patiente de sexe féminin en âge de procréer
Inhibiteurs de la PDE-5
Sildénafil Association aux dérivés nitrés ou au riociguat ; perte de vision d’un œil par neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique ; hypotension sévère ; antécédent récent d’AVC ou d’infarctus du myocarde
Tadalafil Association aux dérivés nitrés ou au riociguat ; infarctus du myocarde récent ; hypotension sévère ; perte de vision d’un œil par neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique
Stimulateur de la guanylate cyclase soluble
Riociguat Grossesse ; association aux dérivés nitrés, donneurs de NO ou inhibiteurs de la PDE-5 ; insuffisance hépatique sévère ; hypotension sévère ; hypertension pulmonaire associée aux pneumopathies interstitielles idiopathiques
Modulateur activine/TGF-β
Sotatercept Hypersensibilité ; initiation contre-indiquée si plaquettes < 50 G/L

Tableau 3. Contre-indications des médicaments spécifiques de l’HTAP.

Effets indésirables

Les principaux effets indésirables des traitements spécifiques de l’HTAP sont résumés ci-dessous. Leur fréquence et leur intensité sont variables selon les molécules et les doses administrées. Certains effets indésirables, notamment l’hypotension, l’atteinte hépatique, les anomalies hématologiques ou les complications liées aux dispositifs d’administration, nécessitent une surveillance spécifique.

Analogues de la prostacycline
Époprosténol Céphalées, bouffées vasomotrices, hypotension, nausées, diarrhées, douleurs mandibulaires, douleurs des extrémités, thrombopénie ; complications liées au cathéter (infection, thrombose)
Iloprost Toux, céphalées, bouffées vasomotrices, hypotension, nausées, douleurs mandibulaires, bronchospasme
Tréprostinil Céphalées, nausées, diarrhées, douleurs mandibulaires, hypotension ; douleur ou réaction au site d’injection (SC)
Agoniste IP non prostanoïde
Sélexipag Céphalées, diarrhées, nausées, douleurs mandibulaires, douleurs musculaires, douleurs des extrémités, bouffées vasomotrices
Antagonistes des récepteurs de l’endothéline
Bosentan Cytolyse hépatique, œdèmes périphériques, céphalées, anémie, hypotension
Ambrisentan Œdèmes périphériques, céphalées, congestion nasale, anémie
Macitentan Anémie, céphalées, œdèmes périphériques, rhinopharyngite
Inhibiteurs de la PDE-5
Sildénafil Céphalées, bouffées vasomotrices, dyspepsie, congestion nasale, troubles visuels, hypotension
Tadalafil Céphalées, douleurs musculaires, lombalgies, dyspepsie, hypotension
Stimulateur de la guanylate cyclase soluble
Riociguat Hypotension, céphalées, dyspepsie, vertiges, nausées, anémie
Modulateur activine/TGF-β
Sotatercept Épistaxis, céphalées, télangiectasies, érythrose, thrombocytopénie, augmentation de l’hémoglobine, élévation de la pression artérielle

Tableau 4. Effets indésirables des médicaments de l’HTAP.

Surveillance des effets

Analogues de la prostacycline

Les interactions médicamenteuses des analogues de la prostacycline sont essentiellement pharmacodynamiques, par addition d’effets :

-      Diurétiques, vasodilatateurs, autres antihypertenseurs : majoration du risque d’hypotension

-      Antiagrégants plaquettaires, AINS, anticoagulants : majoration du risque hémorragique

Antagonistes des récepteurs de l’endothéline

          Le bosentan est impliqué dans de nombreuses interactions médicamenteuses, pour la plupart d’origine pharmacocinétique (tableau 5). Elles peuvent nécessiter une adaptation posologique, une surveillance renforcée ou l’arrêt de l’un des médicaments.

L’ambrisentan présente relativement peu d’interactions médicamenteuses. Des élévations transitoires de la concentration d’ambrisentan ont été observées en cas de co-administration avec la ciclosporine ou la rifampicine (probablement dues à leur effet inhibiteur sur OATP1B1 et OATP1B3, faiblement impliqués dans le transport hépatocytaire de l’ambrisentan).

A l’équilibre, aucune interaction médicamenteuse cliniquement significative n’a été retrouvée avec les inducteurs et inhibiteurs du CYP3A4, avec la warfarine, avec les inhibiteurs de la PDE-5 ou avec les contraceptifs oraux.

 

Inhibiteurs de la PDE-5

 Une interaction pharmacodynamique avec les dérivés nitrés et les « donneurs de NO » (par exemple la molsidomine) contre-indique la co-administration des inhibiteurs de la PDE-5 avec ces médicaments, du fait de la potentialisation de l’effet vasodilatateur.

Le sildénafil est majoritairement éliminé après biotransformation par le CYP3A4. Par conséquent, les inhibiteurs du CYP3A4 diminuent la clairance du sildénafil, alors que les inducteurs enzymatiques l’augmentent :

-      La co-administration de ritonavir augmente l’AUC du sildénafil (x 11) et est contre-indiquée ; par extension les inhibiteurs puissants du CYP3A4 sont contre-indiqués. Les inhibiteurs modérés peuvent être utilisés mais requièrent une baisse de la posologie à 20 mg x 1 ou 2 /j selon les médicaments.

-      La co-administration de sildénafil et d’inducteurs enzymatiques (bosentan, carbamazépine, phénytoïne, millepertuis, rifampicine) diminue la concentration plasmatique de sildénafil.

La co-administration d’inhibiteurs du CYP3A4 au tadalafil augmente modérément les concentrations plasmatiques de celui-ci.

La rifampicine a en revanche diminué l'AUC du tadalafil de 88 %.

Médicament interagissant

Mécanisme de l’interaction

Conséquence

Conduite à tenir

Ciclosporine

Association contre-indiquée

- Inhibition OATP1B1 et OATP1B3 par la ciclosporine

- Induction CYP3A4 par le bosentan

- Augmentation (x3-30) de la concentration plasmatique de bosentan

- Diminution de 50% de la ciclosporinémie

Dans la mesure du possible proposer une alternative à la ciclosporine (ex : Tacrolimus) ou substituer le bosentan par l’ambrisentan

Rifampicine (par extension autres inducteurs enzymatiques)

Induction CYP2C9 et CYP3A4 par la rifampicine

Diminution >50% de la concentration plasmatique de bosentan

Dans la mesure du possible proposer une alternative à la rifampicine ou substituer le bosentan par l’ambrisentan

Kétoconazole (par extension autres inhibiteurs puissants du CYP3A4)

Inhibition CYP3A4 par le kétoconazole

Augmentation (x 2) de la concentration plasmatique de bosentan

Dans la mesure du possible proposer une alternative au kétoconazole ou substituer le bosentan par l’ambrisentan

Amiodarone, fluconazole, imatinib, voriconazole

Inhibition puissante du CYP3A4 et du CYP2C9 par ces inhibiteurs

Augmentation importante de la concentration de bosentan.

Surveillance clinique avec recherche d’effets indésirables du bosentan

Lopinavir + ritonavir (et par extension autres inhibiteurs de la protéase du VIH boostés)

- Inhibition puissante du CYP3A4 et d’OATP1B3 par les IP

- Induction CYP3A4 par le bosentan

- Augmention (x5-50) de la concentration plasmatique de bosentan

- Doute sur possible diminution d’efficacité des IP

Dans la mesure du possible proposer une alternative antirétrovirale ou substituer le bosentan par l’ambrisentan

Glibenclamide

- Inhibition BSEP par les deux médicaments

- Induction CYP3A4 par le bosentan

- Augmentation du risque d’élévation ALAT/ASAT

- Diminution de 40% de la concentration de glibenclamide

Surveillance clinique, substitution éventuelle du glibenclamide par un autre antidiabétique ou remplacer le bosentan par l’ambrisentan

Contraception oestro-progestative

Induction CYP3A4 par le bosentan

Risque d’inefficacité de la contraception, quelle que soit la voie d’administration

Dans la mesure du possible proposer une autre contraception du type dispositif intra-utérin notamment en cas de co-prescription d’AVK ou substituer le bosentan par l’ambrisentan

Warfarine

Induction CYP2C9 par le bosentan

Diminution de la concentration de warfarine ; retentissement modeste sur l’INR

Adapter les doses d’AVK selon l’INR ou substituer le bosentan par l’ambrisentan

Simvastatine

Induction CYP3A4 par le bosentan

Diminution de 40 % de la concentration de simvastatine

Substituer par une autre statine comme la pravastatine ou la rosuvastatine

Sildénafil

- Induction CYP3A4 par le bosentan

- Compétition CYP3A4 (et dans une moindre mesure CYP2C9)

- Diminution de 63% de l’AUC du sildénafil

- Augmentation de 50% de l’AUC du bosentan

Surveillance clinique

Tableau 5. Principales interactions médicamenteuses du bosentan.

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  • Dernière modification: : Matthieu Roustit
  • 21 Mai 2026