Accéder au contenu principal

pharmaco-medicale

Site du Collège National de Pharmacologie Médicale

Inhibiteurs de la protéase du VIH

Résumé de la fiche

Les inhibiteurs de la protéase (IP) sont des molécules capables de se lier sur le site actif de la protéase du VIH conduisant ainsi à la formation de particules virales immatures donc non infectieuses.

Cette classe pharmacologique, active sur le VIH, apparaît en 1996. Elle ouvre l’ère des multithérapies d’antirétroviraux : développement des HAART (High Active AntiRetroviral Therapy) qui permet une réduction spectaculaire de la morbidité et de la mortalité de l’infection par le VIH.
Il faut cependant garder à l’esprit que l’infection reste potentiellement létale et nécessite un traitement au long cours pour permettre un contrôle immuno-virologique satisfaisant. Les traitements actuels permettent seulement de limiter la réplication virale à un seuil non détectable et de restaurer en partie le statut immunitaire du patient. Ces traitements comportent plusieurs contraintes : 

  • contraintes horaires, alimentaires ou galéniques (les structures peptidiques présentent la biodisponibilité la plus faible)
  •  suivi médical et biologique régulier (examen clinique, évaluation de l’efficacité du traitement par détermination de la charge virale plasmatique, évaluation de l’état du système immunitaire par détermination du taux de lymphocytes T4, examens biologiques complémentaires)
  • effets indésirables d’intensité variable (troubles digestifs, métaboliques, cutanés, hématologiques….),
  • interactions médicamenteuses (les IPs sont des substrats des CYP450 et P-gp, certains sont également inhibiteurs de ces CYP450 et P-gp entraînant de nombreuses interactions médicamenteuses)
  • toxicité au long cours (lipodystrophie, toxicité cardiovasculaire, ….)
  • émergence de résistances aux diverses molécules médicamenteuses suite à une modification génotypique de l’enzyme virale

Ces mutations se produisent lors des étapes de réplication du génome. La fréquence d’émergence de résistance est diminuée par l’association de plusieurs classes médicamenteuses. 

L’observance rigoureuse des patients et une bonne prise en charge médicale sont donc capitales pour l’efficacité clinique.

Les IP ne font plus partis des traitements de première intention chez le patient naïf. Le darunavir/ritonavir reste possible en choix alternatif chez le patient naïf. Chez la femme enceinte, le darunavir/ritonavir restent les seules moléules de cette classe pouvant être utilisée encore en première intention

Les autres IPs tels que l'atazanavir, le lopinavir, le tipranavir, peuvent parfois être encore utilisés en fonction du profil de résistance du virus chez certains patients. L'indinavir, le saquinavir, le foramprénavir ne sont plus commercialisés en France.

Tous les IPs doivent être utilisés systématiquement avec le "boost" du ritonavir, exception faite pour l'atazanavir qui peut être utilisé soit avec, soit sans ritonavir, mais à posologie différente.

Item(s) ECN

169 : Infections à VIH (R2C)
177 : Prescription et surveillance des anti-infectieux chez l’adulte et l’enfant (R2C)

Médicaments existants

Les inhibiteurs de la protéase sont apparus en 1996. Ils ont considérablement amélioré l’espérance de vie des patients traités.

En France, les molécules qui restent disponibles sont l'atazanavir, le darunavir, le lopinavir, le tipranavir. Les autres molécules (nelfinavir, indinavir, saquinavir, fosamprenavir) sont décrites ci-dessous à des fins informatives sur l'historique de l'évolution des IPs mais en sont plus commercialisées en France. 

- Le ritonavir : premier IP disponible, n’est plus utilisé comme antirétroviral direct. Il demeure par contre très souvent associé à un autre inhibiteur de protéase comme potentialisateur pharmacologique du fait de son action inhibitrice sur la P-gP intestinale et sur le système oxydatif hépatique du CYP3A (effet boost).

- Le darunavir : est disponible sous forme de comprimés ou de solution buvable. Il doit être administré avec du ritonavir ou cobicistat afin d'allonger sa demi-vie et de réduire le nombre de prises.

- L'atazanavir : disponible sous forme de gélules. Dans certaines situations d'individualisation thérapeutique chez le patient virologiquement contrôlé, il est possible d'administrer l'atazanavir sans ritonavir ce qui peut permettre d'améliorer le profil de sécurité de la molécule.  

- Le lopinavir et le ritonavir sont associés sous forme de comprimés ou de solution buvable.

- Le tipranavir dispose toujours d'une AMM mais présente un profil de sécurité et/ou d'efficacité moins favorables que les IP plus récentes.

DCI

Saquinavir

Indinavir

Lopinavir

Fos-amprénavir

Atazanavir

Tipranavir

Darunavir

Sigle

SQV

IDV

LPV

fAPV

ATV

TPV

DRV

Date AMM

1996 / 1998

1996

2001

2004

2004

2005

2007

Présentation

Gélules

Gélules

Capsules

Solution buvable

Comprimés

Gélules

Capsules

Solution buvable

Comprimés pelliculés

Posologie adulte standard       (en mg)

1000 x2

+ RTV

600 x2

+ RTV

400 x2

+ RTV déjà inclus dans la spécialité

700 x2

+ RTV

400 x1

+ RTV

500 x2

+ RTV double dose

600 x2 ou 800 x1

+RTV

enfants

> 4 ans

Adapter la posologie

> 2 ans

Adapter la posologie

> 2 ans

> 6 ans

> 20 kg

Prise médica-menteuse au cours du repas

Oui, repas copieux

Non obligatoire

Eau non alcaline

Oui

Non obligatoire

Oui

Oui

Oui

Mécanismes d’action des différentes molécules

Les molécules agissent en fin de cycle de réplication virale selon un mécanisme d’action commun. Elles se lient de manière compétitive au site actif de la protéase du VIH-1 et empêchent ainsi le clivage des précurseurs polypeptidiques gag et pol viraux en protéines de structure définitive. Les particules virales nouvellement formées sont alors immatures et non infectieuses. 

Effets utiles en clinique

L’objectif principal est de stabiliser l’infection dans un état d’équilibre immuno virologique, sans réplication virale et sans évolution clinique. L’effet recherché à court terme est une réduction rapide de l’ARN plasmatique associée à long terme à une bonne tolérance et une observance rigoureuse afin de maintenir une charge virale indétectable le plus longtemps possible ainsi qu’une restauration immunitaire permettant de protéger le patient des infections opportunistes. 


Objectif des traitements :

  • Obtention-maintien d’un état immuno-virologique stable permettant de limiter la réplication virale et l’émergence de résistances

Pharmacodynamie des effets utiles en clinique

L’effet « booster » du ritonavir (RTV) :

Le ritonavir est très souvent associé à un autre inhibiteur de protéase comme potentialisateur pharmacologique du fait de son action inhibitrice sur la P-gp intestinale et sur le système oxydatif hépatique du CYP3A. Il s'agit d'une interaction médicamenteuse pharmacocinétique "bénéfique" recherchée, pour améliorer la biodiponibilité de l'IP associé au ritonavir.

Inhibiteur de la P-gp :
La P-glycoprotéine (P-gp = ABCB1) est une protéine porteuse présente dans la membrane cytoplasmique de nombreuses cellules de l’organisme (intestin, lymphocytes, foie, cellules endothéliales….). Elle agit comme une pompe à efflux, rejetant hors de la cellule les molécules étrangères. Les IPs sont des subtrats de cette P-gp qui freine leur absorption. En présence de RTV, inhibiteur de la P-gp, l’absorption intestinale des IPs est donc augmentée.

Inhibiteur du CYT P450 (CYP)
Le CYT P450 est un complexe enzymatique composé de nombreuses isoformes, classées en familles qui se fixent aux médicaments pour les oxyder avant de les éliminer. Les CYT P450 sont présents dans de nombreuses cellules de l’organisme (foie, intestin rein, cerveau…). Toutes les IPs sont métabolisés à des degrés divers par les CYP 3A4 (la voie de métabolisation du nelfinavir par le 3A4 est mineure). En présence de RTV, inhibiteur du CYP 3A4, l’élimination hépatique des IPs est ralentie, l’action des molécules associée est donc renforcée.

Les associations d’IPs au ritonavir 
L'administration conjointe du RTV à un médicament substrat de la P-gp et du CYP 3A4 favorise l’absorption et ralentit l’élimination de ce médicament. C’est l’effet "booster" du RTV qui a permis une simplification des schémas posologiques des traitements par IPs. En fonction de l’affinité de l’IP pour la P-gp et pour l’isoforme 3A4, l’action du RTV porte davantage sur la Cmax (augmentation de l’absorption) ou sur la Cmin (augmentation de la demi-vie d’élimination).

Caractéristiques pharmacocinétiques utiles en clinique

DCI
Absorption
Diffusion
Métabolisme
Elimination
Ritonavir Biodisponibilité : 60-75%
Tmax (h) : 3-4 
Vd (L/kg) : 0,3-0,6
Liaison PP (%):99
Passage LCR minime
Hépatique
CYP 3A4-2D6-2C9
Fécale : 80% (34% forme inchangée)
Urinaire : 11%
T1/2 vie (h) :3-5
Saquinavir (*NSFP) Biodisponibilité :4%
Tmax (h) :3 
Vd (L/kg) :12
Liaison PP (%):98
Passage LCR minime
Hépatique (90%)
CYP 3A4
Fécale : 88%
Urinaire : 1%
T1/2 vie (h) :1-2
T1/2 vie (h) avec RTV : 7-10
Indinavir (*NSFP) Biodisponibilité :65%
Tmax (h) :1-3
Vd (L/kg) :0,4-1,7
Liaison PP (%):60
Passage LCR faible
Hépatique
CYP 3A4
Fécale : >80%
Urinaire : 20%
 
T1/2 vie (h) :2-3
Lopinavir Biodisponibilité : non connue
Tmax (h) :5
Vd (L/kg) :
Liaison PP (%):98-99
Passage LCR minime
Hépatique
3A4
Fécale :95%
Urinaire : < 5%
T1/2 vie (h) avec RTV : 5-6
Fosamprénavir (*NSFP) Biodisponibilité : 35-90 %
Tmax (h) :1-2
Vd (L/kg) :7
Liaison PP (%):90
Passage LCR minime
Hépatique
Le fAPV est totalement métabolisé en APV
Fécale : 80%
Urinaire : 10%
T1/2 vie (h) :2
T1/2 vie (h) avec RTV : 7-11
Atazanavir Biodisponibilité :
Tmax (h) :3
Vd (L/kg) :
Liaison PP (%):86
Passage LCR minime
Hépatique
Biliaire et urinaire (7%)
T1/2 vie (h) :4-8
T1/2 vie (h) avec RTV : 5-11
Tipranavir Biodisponibilité :
Tmax (h) :4
Vd (L/kg) :
Liaison PP (%):
Hépatique
3A4
T1/2 vie (h) :2-4
T1/2 vie (h) avec RTV : 4-8
 
Darunavir Biodisponibilité : 80 % avec RTV
Vd (L/kg) : 1,8
Liaison PP (%): 95
Hépatique
3A4
Biliaire : 80%
Urinaire : 14%
T1/2 vie (h) : 15h

Source de la variabilité de la réponse

Interactions médicamenteuses :

DCI

Substrat

Inhibition

Induction

CYP/UGTs

Transporteurs

CYP/UGTs

Transporteurs

CYP/UGTs

Transporteurs

Atazanavir

3A4/5

P-gp, MRPs, BCRP

3A4, 2C8 UGT1A1 

BCRP (in vitro), P-gp, MRPs, OATPs

   MRP1, P-gp,

Lopinavir

3A4/5

P-gp, MRP1/2, OATPs

CYP3A4/5

BCRP(in vitro)

   

Darunavir

3A4/5

P-gp

3A4/5

2D6 (observé avec RTV et COB)

P-gp

BCRP, MATE1, OATP1B3, OATP1B3 (observé avec COB); OATPs

2C9,

2C19 (observé avec RTV), 2C8

BCRP, MATE1, OATP1B1/3

Ritonavir

3A4/5, 2D6, 

     P-gp    

Réponse des populations physiologiques particulières :

Pharmacogénétique

Un polymorphisme génétique est établi pour les gènes codant pour la P-gp (ABCB1) et pour les CYP450 (3A5, 2B6, 2C19).

CYP 450

IP concernée

Conséquence chez les métaboliseurs lents (PM)

% de PM dans la population caucasienne

Variations ethniques

2C19

NFV -> M8 (25 à 30%)

Concentrations faibles en M8

5%

60% de PM chez les polynésiens

2D6

NFV

Concentrations élevées de NFV

20%

50% chez les asiatiques
28% chez les africains

Favorisée par alimentation 3A4

Toutes IPs

Risque de surdosages

5%

1% chez les asiatiques

Enfant

Chez le très jeune enfant, l’immaturité du système oxydatif des CYP450 (le 3A4 n’est quasiment pas représenté) et la faible maniabilité des formes galéniques (présence de propylène glycol, proportion importante d’alcool dans les formes buvables), rendent l’utilisation des IPs difficile.

Femme enceinte

Les IPs peuvent déclencher une insulinorésistance. La mise sous IP nécessite une surveillance étroite de la glycémie durant la grossesse. Toutes les IPs sont utilisables au cours de la grossesse. Le passage placentaire est très faible pour les IPs en raison notamment de la présence importante de P-gp au niveau de la barrière placentaire. En absence de traitement, le taux de transmission maternofoetale du VIH est de 20 à 25% ; il passe à 2-3% sous traitement sans IP et à 1% avec IP.

Concernant le DRV/RTV : une diminution des concentrations totales dès le 2ème trimestre a lieu lié au phénomène de dilution et d'induction enzymatique du métabolisme du DRV/RTV par les hormones de la grossesse. Il est recommandé de surveiller par des dosages plasmatique réguliers aux 2ème et 3ème trimestre et en fonction des résultats des dosages, d’adapter la posologie à 600/100 mg x2/j. 

Réponse des populations pathologiques spécifiques :

Insuffisant rénal

Les IPs étant très faiblement éliminés par le rein (<3%), leurs concentrations sont peu modifiés en cas d’insuffisance rénale. Les deux IPs présentant un risque de toxicité rénale sont l’IDV et le RTV (une réduction de la clairance rénale a été montrée en 3 jours, réversible à l’arrêt de traitement). Chez la personne dialysée, l’IDV devait être administré en fin de dialyse (chute de 50 à 60% des concentrations en cours de dialyse).

Insuffisant hépatique

Les IPs sont métabolisés par le foie et les interactions médicamenteuses sont un facteur aggravant d’hépatotoxicité d’où la nécessité parfois d’un dosage plasmatique pour ajuster les traitements.

Le RTV utilisé auparavant à dose antirétrovirale active (600mgx2) était très hépatotoxique (incidence : 44%). Cette hépatotoxicité n’est pas signalée pour une administration comme booster (à 100mgx2) qui est désormais la seule utilisation du RTV.

L’IDV et l’ATV inhibent l’UDP-GT, provoquant une augmentation de la bilirubine non conjuguée de 25%. L’association de ces deux molécules est contre indiquée du fait de la toxicité métabolique croisée.

Le métabolisme du NFV est réduit et le métabolite M8 n’est quasiment pas retrouvé chez les insuffisants hépatiques sévères. Le NFV présente cependant un profil de bonne tolérance hépatique.

Coinfection VHB

La prévalence de l’ag HBs est d’environ 10% dans la population VIH et 70% des patients infectés par le VIH ont rencontré le VHB.

Le traitement doit éviter l’emploi des molécules les plus hépatotoxiques. La surveillance des transaminases doit être régulière.

Coinfection VHC

La prévalence est de 25% (principalement chez les toxicomanes).

Le traitement doit éviter l’emploi des molécules les plus hépatotoxiques. Il sera nécessaire de surveiller la fonction hépatique et notamment les transaminases.

Hémophiles

Il existe un risque d’augmentation des saignements sous traitement par IPs.

Situations à risque ou déconseillées

 
CI
Situation à risque
Nécessitant l’arrêt du traitement
Situations déconseillées
Communes à tous les IPs
  • Hypersensibilité à un des composants (principe actif, excipient)
  • Insuffisance hépatique sévère
  • Substrats du CYP 3A4 d’index thérapeutique étroit
  • Inducteurs puissants des CYP 3A4 (rifampicine,...) : risque d'échec virologique

Risque de majorer des effets indésirables de médicament associés par surdosage avec :

  • les antiarythmiques, inhibiteurs calciques
  • les dérivés de l'ergot de seigle (vasoconstriction périphérique) 
  •  le midazolam (sédation)
  Interactions médicamenteuses
 - benzodiazépines (sédation prolongée)
 - anesthésiques systémiques (halofantrine, lidocaïne)
 - inhibiteurs de phosphodiestérase (surdosage en sildénafil, vardénafil + hypotension, troubles visuels)
 - statines (simvastatine, atorvastatine)
Fosamprénavir
  • Enfant < 4 ans (toxicité du propylène glycol de la solution buvable)
  • Millepertuis (effet inducteur enzymatique)
  • Pimozide (arythmie cardiaque)
Syndrome de Stevens- Johnson

 

Atazanavir
  • Insuffisance hépatique modérée
  • Indinavir (toxicité croisée)
  • Millepertuis (effet inducteur enzymatique)
Déficit en lactase LAPP
Syndrome de malabsorption du glucose ou du galactose
Interactions médicamenteuses
    - plantes (millepertuis, ail)
Indinavir
  • Atazanavir (toxicité croisée)
  • Millepertuis, ail : effet inducteur enzymatique
  • Inducteurs enzymatiques puissants (phénobarbital, carbamazépine, phénytoïne…)
Lithiase urinaire (interruption temporaire du traitement) Interactions médicamenteuses
   - saquinavir (antagonisme d’action) 
   - inducteurs du 3A4 
   - plantes (millepertuis, ail)
Lopinavir
  • Antiarythmiques (arythmie cardiaque)
  • Millepertuis (effet inducteur enzymatique)
Altération de la fonction hépatique (chez le co-infecté VHB ou VHC)
Pancréatite
Interactions médicamenteuses
   - disulfirame – métronidazole (avec la solution buvable qui contient de l’alcool)
Ritonavir
  • Antiarythmiques substrats du CYP 2D6 (risque de surdosage en flécaïne et propafénone)
  • Rifabutine (risque d’uvéite par surdosage en rifabutine)
  Interactions médicamenteuses
   - disulfiram – métronidazole (avec la solution buvable qui contient de l’alcool)
   - plantes (millepertuis, ail)
Saquinavir
  • Millepertuis
  • ail
  • Inducteurs enzymatiques puissants (phénobarbital, carbamazépine, phénytoïne…)
Syndrome de malabsorption du glucose ou du galactose Interactions médicamenteuses
   - indinavir (antagonisme d’action)
   - millepertuis
Darunavir
  • Insuffisance hépatique sévère
  • Millepertuis
  • Lopinavir
   

Précautions d’emploi

Molécules
Précautions d’emploi
Communes à tous les IPs
  • Insuffisance hépatique légère ou modérée
  • Patients présentant des troubles du métabolisme des lipides ou des glucides
  • Hémophiles (risque de saignements)
  • Interactions médicamenteuses :
    • Rifabutine (risque d’uvéite par surdosage en rifabutine. Réduire la posologie au quart de la dose avec LPV, à la moitié de la dose avec APV-fAPV-IDV-SQV et NFV)
    • Contraceptifs oraux (diminution de la contraception par induction du métabolisme des oestroprogestatifs)
    • Anticonvulsivants (effet inducteur enzymatique : contrôler les concentrations d’IPs)
    • Immunosuppresseurs (ciclosporine, tacrolimus, sirolimus : renforcer le suivi thérapeutique et adapter leur posologie ; risque de surdosage)
    • Antidépresseurs tricycliques (désipramine et nortriptyline : risque de surdosage. Surveiller la toxicité cardiaque)
    • Traitement de substitution aux opiacés (méthadone : risque de syndrome de manque par induction du métabolisme. Surveiller les concentrations plasmatiques)
    • Anticoagulants oraux (surveiller l’INR)
Fosamprénavir Interactions médicamenteuses
    • lopinavir (réduction de la concentration d’APV de 50 à 80% ; réduction de celle de LPV de 10 à 40% : surveiller et adapter les posologies)
    • indinavir (diminution de la concentration d’IDV de 40% nécessite l’ajout de ritonavir)
    • saquinavir (diminution de la Cmin de 50% : contrôler et adapter les posologies)
Atazanavir

Interactions médicamenteuses

    • ddI – médicaments antiacides (les prendre à distance de l’atazanavir)
    • association à EFV (augmenter la posologie d’atazanavir)
    • antifongiques azolés (doser l’ATV : risque d’augmentation de la concentration)
    • inhibiteurs calciques (diltiazem, vérapamil : risque de surdosage)
    • clarythromycine (doser et réduire la posologie de clarythromycine qui peut être augmentée de 200%)
Indinavir

Interactions médicamenteuses

    • ddI – médicaments antiacides (les prendre à distance de l’atazanavir)
    • clarythromycine (augmentation de la concentrations de clarythromycine de 50% et de celle d’IDV de 30% : surveiller les concentrations, adapter les posologies)
Lopinavir Interactions médicamenteuses
    • ddI (à prendre à distance du LPN)
    • AZT et ABC (diminution des concentrations des NRTIs)
    • TDF (augmentation de 30% de la concentration du NRTI, diminution de 15% de celle du LPV)
    • association aux NNRTIs (doser le LPV, effet inducteur enzymatique des NNRTIs)
    • association à l’APV (doser les 2 IPs : diminution de 50 à 80% de la concentration d’APV et de 10 à 40% de celle du LPV)
    • association au NFV (doser les 2 IPs : risque de baisse du LPV, modification du métabolisme du NFV)
    • déxaméthasone (doser le LPV dont les concentrations peuvent diminuer)
Ritonavir Interactions médicamenteuses nombreuses (du fait du fort potentiel inhibiteur enzymatique mis à profit dans les associations avec d’autres IPs)
Saquinavir

Interactions médicamenteuses

    • clarythromycine (augmentation importante de la concentration de clarythromycine de 45% et de celle de SQV de 200%)
    • association à APV ou NVP (nécessitent un suivi des concentrations de SQV : risque de diminution de 30 à 50%)
Darunavir
Interactions médicamenteuses
    • association aux corticoïdes
Personnes âgées > 65 ans
Hypersensibilté aux sulfamides
Co-infection VHB ou VHC.

Effets indésirables

La complexité des traitements avec l'association de plusieurs classes pharmacologiques, et la difficulté, sur le plan virologique, de pouvoir interrompre parfois momentanément la prise d’une molécule suspecte, rendent parfois délicate l’imputabilité d’un effet indésirable à une molécule en particulier.
L’apparition d’un effet indésirable peut être favorisée par le terrain particulier du patient (antécédents de pancréatite, antécédents psychiatriques, insuffisance rénale ou hépatique…) ou par les intoxications en cours (alcool, tabac …). De plus, la mise en évidence d’un effet indésirable spécifique peut être rendu difficile par la présence de pathologie intercurrente (hépatite, maladie opportuniste) ou par l’évolution même de l’infection à VIH (neuropathie périphérique, démence…).
Le tableau ci-dessous dresse la liste des effets indésirables principaux par type de molécule :

Classe ou
Molécule
Nature de l'effet
indésirable
Gravité
Estimation
de la
fréquence
En savoir plus sur l'effet
indésirable
Communs à
tous les IPs
 
Troubles du métabolisme des lipides
 
 
 
Modérée à potentiellement grave 50 à 60% Hypertriglycéridémie avec risque de pancréatite (voir détail)
Hypercholestérolémie avec risque cardiovasculaire (voir détail)
Communs à
tous les IPs
Anomalies de la répartition des graisses
 
 
Modérée 50 à 70% Inhibition de la différenciation et de la maturation des adipocytes.
Lipohypertrophie avec risque cardiovasculaire
Communs à
tous les IPs
Troubles du métabolisme des glucides  Faible 30% Diabète de type 2 (prévalence 3% à 1 an, 8% à 2 ans)
Insulinorésistance (prévalence 4 à 9%)
Indinavir Cytopénie  Potentiellement très grave   Anémie hémolytique aiguë = arrêt définitif
Indinavir Atteinte hépatique Potentiellement très grave   IH sévère (TP < 50%) = ne pas prescrire IDV
Indinavir Atteinte hépatique Modérée 10-15% IH modérée = réduire la posologie et doser IDV
Indinavir Atteinte hépatique Faible   Hyperbilirubinémie (dose dépendante) sans conséquence mais ne pas associer à ATV
Indinavir Atteinte rénale Modérée 10% (adulte)
30% (enfant)
Lithiase urinaire (dose dépendante)
 
 
Indinavir Réactions cutanées     Sécheresse cutanée (lèvres gercées, ongles incarnés, dépilation) = traitement symptomatique
Indinavir
Troubles gastro instestinaux
 
Faible 10% Nausées- vomissements- douleurs abdominales
Saquinavir
Atteinte cutanée
 
Potentiellement très grave   Syndrome de Stevens-Johnson
Saquinavir
Troubles hématologiques
 
Potentiellement très grave   Leucémie myéloblastique aiguë
Anémie hémolytique
Saquinavir
Atteinte hépatique
 
Faible   Surveiller la fonction hépatique
Saquinavir
Troubles gastro instestinaux
 
Faible 10-20% Diarrhée-douleurs abdominales-nausées- vomissements
Nelfinavir
Réactions cutanées
 
Potentiellement grave 2% Rash cutané avec urticaire aiguë ou signes de gravité = arrêt
Nelfinavir
Cytopénie
 
Grave 4.5% Diminution des PNN (grade 4)
Nelfinavir
Atteinte hépatique
 
  2% Réactivation d’une hépatite (B ou C)
Surveiller la fonction hépatique
Nelfinavir
Troubles gastro intestinaux
 
Faible   Diarrhée-nausée
Ritonavir
 
Atteinte hépatique
 
 
 
Faible   Augmentation des transaminases (5N)
Hépatite, ictère
Surveiller la fonction hépatique
Ritonavir
Réactions cutanées
 
Potentiellement très grave rare Syndrome de Stevens-Johnson
Ritonavir
Réactions cutanées
 
Faible < 10% Erythème, prurit
Ritonavir
Cytopénie
 
  Qq cas Leucopénie, anémie, diminution des PNN
Ritonavir
Troubles gastro intestinaux
 
 
 
Faible > 10% Nausée, diarrhée, vomissements, douleurs abdominales, dyspepsie, sécheresse de la bouche, ulcération buccale
Ritonavir
Troubles SNC
 
  < 10% Vertiges, paresthésie, hyperesthésie, somnolence, insomnie
Ritonavir
Troubles respiratoires
 
  < 10% Pharyngite
 
Amprénavir/ Fosamprénavir
Atteinte hépatique
 
 
Modérée   IH = réduire la posologie et doser. Supprimer le ritonavir.
Surveiller la fonction hépatique
Amprénavir / Fosamprénavir
Réactions cutanées
 
 
Potentiellement grave < 1% Syndrome de Stevens-Johnson = arrêt définitif 
 
Amprénavir / Fosamprénavir
Réactions cutanées
 
 
 
 
Faible à Modérée   Rash cutané léger (maculopapules ± prurit dans le mois qui suit l’instauration) = l’amprénavir peut être maintenu (en associant ou non un traitement antihistaminique).
Amprénavir / Fosamprénavir
Troubles gastro intestinaux
 
Faible 10% Nausées, vomissements, diarrhées-douleurs abdominales
Lopinavir
Atteinte hépatique
 
Potentiellement très grave 1% Hépatite cytolytique
Lopinavir
Atteinte hépatique
 
  < 1% Réactivation d’une hépatite (B ou C)
Lopinavir
Atteinte hépatique
 
Faible < 1% Hyperbilirubinémie isolée (surveiller la fonction hépatique)
Lopinavir
Réactions cutanées
 
 
 
Faible  5 à 10% Erythème, prurit : survenant dans le 1er mois de traitement, d’évolution généralement spontanément favorable.
Atazanavir
Atteinte hépatique
 
Faible 25% Hyperbilirubinémie (par inhibition de l’UDP-GT)
Atazanavir
Atteinte hépatique
 
Modérée 10% Ictère (effet dose dépendant = arrêt définitif si Bili > 5N
Atazanavir
Troubles gastro intestinaux
 
Faible 23% Nausées, douleurs abdominales, diarrhée, dyspesie, vomissements
Atazanavir
Troubles du SNC
 
Faible 1 à 10% Maux de tête, insomnie, symptômes neurologiques périphériques
Atazanavir
Troubles du SNC
 
Modéré < 1% Rêves anormaux, amnésie, confusion, vertiges, somnolence
Darunavir  Troubles métaboliques : diabète, hyperlipidémie     Fréquent  
Darunavir Troubles digestifs   Fréquents Diarrhées
Hypertriglycéridémie ---------> risque de pancréatite

Facteur de risque : 

  • sexe masculin
  • index de masse corporelle élevée
  • âge
  • prise de RTV ou de d4T

Méthode diagnostique : 

  • Dosage trimestriel des triglycérides à jeun. Valeur souhaitée TG < 2,2 mmol/l. Prise en charge si TG > 3,3 mmol/l.
  • Doser la lipase si les TG augmentent.

Prise en charge de l’effet indésirable : 

  • Réduire d’emblée alcool, sucres rapides, graisses animales.
  • Traiter par fibrates (particulièrement si TG > 10-15 mmol/l en raison du risque de pancréatite). Ne pas associer aux statines. 

Alternative en cas d’arrêt de traitement : 
Changer de classe pharmacologique (en fonction du génotype : donner NNRTI mais élévation du taux de cholestérol, donner NRTI tel que ABC qui diminue le cholestérol).

Hypercholestérolémie ---------> risque cardiovasculaire

Facteur de risque : 

  • Index masse corporelle élevé
  • âge (risque doublé après 40 ans)
  • présence de d4T
  • existence d’une lipodystrophie, association au RTV, (attention à toutes les IPs boostées tandis que le NFV serait moins hypercholestérolémiant).

Méthode diagnostique : 

  • Dosage du Cholestérol total à jeun (valeur souhaitée < 6,2 mmol/l).
  • Dosage trimestriel des fractions. HDL < 0,9 mmol/l et LDL > 3,4 mmol/l.

Prise en charge de l’effet indésirable : 

  • Faire un bilan du risque cardiovasculaire en début de traitement.
  • Réduire d’emblée alcool, sucres rapides, graisses animales.
  • Traiter par statines (préférer pravastatine ou fluvastatine dont le métabolisme n’emprunte pas le CYP 3A4) si LDL > 4,1 mmol/l avec 0 ou 1 facteur de risque cardiovasculaire ; LDL > 3,4 mmol/l avec 2 facteurs de risque).
  • Si l’hypercholestérolémie s’accompagne d’une hypertriglycéridémie, l’utilisation de fibrates est justifiée (fénofibrate ou gemfibrozil).
  • Rechercher un éventuel dysfonctionnement rénal, hépatique, un hypogonadisme, une hypothyroïdie. 

Alternative : 
Changer de classe pharmacologique : IPs versus NNRTIs (NVP préférée en raison de son action sur le HDL-Chol) ou proposer une trithérapie NRTIs (si compatible avec génotype et bilan immuno-virologique stabilisé).

Lipohypertrophie ---------> risque cardiovasculaire

Facteur de risque : 

  • Sexe féminin
  • âge
  • prise d’IDV

 Condition de survenue : 
Inhibition de la différenciation et de la maturation des adipocytes.

Déséquilibre hormonal :

  1. Hypercorticisme endogène au tissu adipeux, capable de synthétiser le cortisol
  2. Déficit en GH, testostérone et DHEA
  3. Afflux de substances énergétiques (TG alimentaires, stockage par le tissu adipeux central des aides gras libérés du tissu adipeux périphérique)

La lipohypertrophie est principalement liée à la prise d’IPs. 

Méthode diagnostique : 
Touche le tissu adipeux sous cutané ou profond : dépôt de graisse au niveau du cou, du dos et des seins.

  • Evaluation par imagerie (scanner abdominal).
  • Détermination de l’index de masse corporelle 

Prise en charge de l’effet indésirable : 

  • Régime normocalorique
  • Réduire les sucres rapides et les graisses animales.
  • Exercice physique (45min 2 fois par semaine)

Alternative : 
Changer de classe pharmacologique (le remplacement de l’IP par un NRTI réduit la lipohypertrophie mais augmente le risque de lipoatrophie). Chirurgie (risque opératoire et récurence fréquente)

Insulinorésistance ---------> Diabète ---------> risque cardiovasculaire

Facteur de risque : 
index de masse corporelle élevé, âge, prise d’IDV, l’association au RTV , le LPV, le NFV

Condition de survenue : 
Blocage du transporteur de glucose GLUT4 et action sur le tissu adipeux. Phénomène encore plus fréquent pour l’indinavir. La prévalence et la gravité augmentent avec la durée du traitement

Méthode diagnostique : 
Dosage de la glycémie à jeun à M0, M3, M6 puis tous les ans. Valeur souhaitée Gly < 6,1 mmol/l

Prise en charge de l’effet indésirable : 
Régime normocalorique. Privilégier les sucres lents et les graisses insaturées, les fruits et les légumes. Rechercher un éventuel dysfonctionnement pancréatique. Intérêt de la metformine qui permet une diminution de l’insulinémie. Alternative en cas d’arrêt de traitement : Changer d’IP (notamment arrêt de l’IDV ou du NFV). Traitement à évaluer en fonction du génotype.

Indinavir ---------> Lithiase urinaire

Facteur de risque : 

  • Exposition important à l'indinavir
  • boisson insuffisante ou consommation d’eau fortement bicarbonatée

Condition de survenue :

urines trop alcalines, cristallisation du métabolite de l’indinavir

Méthode diagnostique : 
Surveiller la créatinine. Tous les 3 mois

Prise en charge de l’effet indésirable : 
Apport hydrique car risque d’intensification des douleurs. Acidification des urines.
Conseiller des boissons non alcalines (150 ml d’eau au moment de la prise et toutes les heures pendant 3 heures).

Alternative : changer l’IP (en cas de récidives de lithiase sous IDV sans surdosage pharmacologique).

Surveillance des effets

  • Effets souhaités

L’objectif principal du traitement est l’obtention d’une charge virale indétectable le plus rapidement possible associée à une remontée des LT CD4. La surveillance repose donc sur le suivi immunovirologique régulier (à M1, M3 puis tous les 3 mois) de la charge virale et du taux de LT CD4.
D’autres examens contribuent à une bonne prise en charge des patients : le suivi thérapeutique pharmacologique avec le dosage plasmatique des IPs et les examens génotypiques de mutations virales.

Intérêt du suivi thérapeutique pharmacologique des IP
Le dosage plasmatique des IPs est nécessaire notamment en cas d'échec virologique, d'interactions médicamenteuses, et de contexte de grossesse. Pendant la grosssesse, le DRV subit le phénomène de dilution et d'induction enzymatique par les hormones de la grossesse qui nécessite le passage d'un schéma en 1x/j (qd) en schéma 2x/j (bid).  

Interprétation des résultats
Le prélèvement doit être effectué en résiduel, juste avant l’administration de l’IP, permet d’apprécier la concentration minimale mesurée chez un patient. La cible optimale à atteindre peut varier en fonction de la virulence de la souche virale et des mutations archivées. 
Le prélèvement au pic peut permettre de mettre en évidence un éventuel problème de malabsorption.

Intérêt de l’étude du génotype de résistance 
Le génotypage consiste à amplifier l’ARN viral et à comparer les gènes de la protéase virale à ceux du virus sauvage. On distingue :
- les mutations dites primaires, sélectionnées lors d’un échappement au traitement par l’IP. Elles sont relativement spécifiques de chaque molécule. Elles modifient le fonctionnement normal de l’enzyme et diminuent sa sensibilité à l’IP.
- Les mutations secondaires qui renforcent la résistance. Elles sont croisées entre les molécules de la classe.
 En fonction des zones et des types de mutation identifiées, il est possible de déterminer l’algorithme de résistance du virus aux diverses IPs et ainsi de proposer le meilleur traitement .

Imprimer la fiche

  • 06 Juin 2025