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pharmaco-medicale

Site du Collège National de Pharmacologie Médicale

Ditans

Résumé de la fiche

Les ditans, représentés par le lasmiditan, constituent une nouvelle classe de traitements antimigraineux ciblant sélectivement les récepteurs 5-HT1F.

Contrairement aux triptans, ils n’induisent pas de vasoconstriction, ce qui les rend particulièrement adaptés aux patients avec contre-indications cardiovasculaires.

Le lasmiditan agit en inhibant la transmission neuronale douloureuse au niveau trigémino-vasculaire, notamment en réduisant la libération de CGRP, sans effet vasculaire associé.

Il est administré par voie orale en traitement aigu, avec une efficacité démontrée dès 30 minutes et un pic d’action à 2 heures. Sa demi-vie d’environ 6 heures permet un soulagement prolongé de la crise.

Les effets indésirables, principalement dose-dépendants, incluent vertiges, somnolence et paresthésies. En raison de ces effets centraux, la conduite est contre-indiquée pendant les 8 heures suivant la prise. L’usage est limité à une dose par crise. Le lasmiditan n’était pas encore commercialisé en France en 2024 malgré son AMM européenne. La surveillance repose sur l’évaluation de l’efficacité, des effets indésirables, du respect des précautions d’emploi, et de la fréquence d’utilisation.

Le profil pharmacologique du lasmiditan en fait une alternative possible pour les patients migraineux non éligibles aux triptans.

Item(s) ECN

(R2C) : 99 : Migraine, névralgie du trijumeau et algies de la face

Rappel physiopathologique

La migraine est un trouble neuro-vasculaire complexe impliquant le système trigémino-vasculaire. Durant la crise migraineuse, le nerf trijumeau libère des neuropeptides pro-inflammatoires tels que le CGRP (Calcitonin Gene-Related Peptide), un puissant vasodilatateur cérébral. Le CGRP contribue à la vasodilatation des vaisseaux méningés et à la transmission du signal douloureux. Les recherches ont montré que l’activation de certains récepteurs de la sérotonine de type 5-HT1 peut inhiber la libération de CGRP et atténuer la cascade nociceptive migraineuse. En pratique, les triptans (agonistes des récepteurs 5-HT1B/1D) furent les premiers antimigraineux ciblant cette voie : ils induisent une vasoconstriction intracrânienne et inhibent la neuro-inflammation trigéminée, ce qui soulage la douleur migraineuse. Cependant, la vasoconstriction induite par les triptans expose à un risque chez les patients présentant des antécédents cardiovasculaires.

Les ditans constituent une nouvelle classe d’agonistes sélectifs des récepteurs 5-HT1F, développée pour agir sur la composante neuronale de la migraine sans provoquer de vasoconstriction significative. La découverte de l’expression des récepteurs 5-HT1F dans le ganglion trigéminé humain a suggéré leur rôle potentiel dans la physiopathologie migraineuse. Ces récepteurs sont localisés sur les terminaisons et corps cellulaires des neurones du trijumeau et modulent la libération de CGRP et d’autres neuromédiateurs algogènes par ces fibres. Contrairement aux récepteurs 5-HT1B, l’activation des récepteurs 5-HT1F n’entraîne pas de vasoconstriction vasculaire. L’hypothèse physiopathologique actuelle est que stimuler 5-HT1F sur le trijumeau hyperpolarise les terminaisons nerveuses trigéminales, inhibant l’influx nociceptif et la libération de CGRP au niveau périphérique. De plus, au niveau central, dans le noyau caudal du trijumeau, l’activation des 5-HT1F réduit l’excitabilité neuronale (mise en évidence par une diminution de l’expression de la protéine c-Fos – cellular - Friend Originated Sequence –, marqueur d’activation neuronale) sans effet vasculaire concomitant. Ainsi, cibler la voie 5-HT1F permettrait de contrôler la douleur migraineuse en s’attaquant principalement aux composantes neuronales de la crise, tout en évitant les effets indésirables cardiovasculaires liés à la vasoconstriction des traitements plus anciens.

Médicaments existants

Les ditans désignent spécifiquement les agonistes sélectifs des récepteurs 5-HT1F. À ce jour, le lasmiditan est le principal (et premier) représentant clinique de cette classe. Il s’agit d’un agoniste 5-HT1F de haute affinité. Le lasmiditan a été approuvé en 2019 par la FDA aux États-Unis pour le traitement aigu de la migraine avec ou sans aura chez l’adulte. En Europe, il a obtenu l’AMM en août 2022 sous le nom de Rayvow©. Il est disponible sous forme de comprimés dosés à 50 mg et 100 mg, à prendre par voie orale. En cas de réapparition de la crise de migraine dans les 24 heures suivant une réponse initiale à une première prise de 50 mg ou 100 mg de lasmiditan, une seconde dose du même dosage peut être administrée. Toutefois, cette seconde prise ne doit pas avoir lieu moins de deux heures après la première. La dose maximale recommandée est de 200 mg par 24 heures (voir Pharmacocinétique).

En France, bien que le lasmiditan dispose de l’autorisation européenne, il n’était pas encore commercialisé en 2024. En pratique, cela signifie qu’aucun médicament de la classe des ditans n’était disponible sur le marché français à cette date.

En dehors du lasmiditan, d’autres agonistes 5-HT1F ont été étudiés au cours du développement de cette classe, mais sans aboutir à une mise sur le marché. Notamment, un composé prototype dénommé LY334370 (doté d’une sélectivité ≈ 100 fois supérieure pour 5-HT1F vs 5-HT1B/1D) a été le premier à entrer en essais cliniques de phase II, démontrant la preuve de concept de l’efficacité antimigraineuse via 5-HT1F. Cependant, son développement a été interrompu (en raison d’effets indésirables hépatiques survenus chez l’animal, d’après les données publiées), et le lasmiditan a pris le relais en tant que chef de file de cette nouvelle classe thérapeutique. À ce jour, aucun autre ditan n’a obtenu d’approbation réglementaire dans le monde, mais la réussite du lasmiditan pourrait encourager la recherche de nouveaux agonistes 5-HT1F à l’avenir.

Mécanismes d’action des différentes molécules

Les ditans exercent leur effet en agonisant sélectivement les récepteurs 5-HT1F sur les neurones du système trigémino-vasculaire. Le lasmiditan, en particulier, possède une haute affinité pour 5-HT1F et très peu d’affinité pour les récepteurs 5-HT1B/1D. Cette sélectivité explique qu’il n’induit pas de vasoconstriction méningée ou coronaire, à la différence des triptans qui agissent via 5-HT1B/1D. Sur le plan moléculaire, l’activation des récepteurs 5-HT1F par le lasmiditan déclenche une cascade de signaux intracellulaires aboutissant à l’hyperpolarisation des neurones trigéminés et à l’inhibition de la libération des neuromédiateurs pro-migraineux. Plus précisément, la stimulation présynaptique des 5-HT1F situés sur les terminaisons du trijumeau inhibe la libération de CGRP et probablement d’autres neuropeptides (substance P, glutamate) impliqués dans la transmission de la douleur. Ce mécanisme réduit l’inflammation neurogénique et la transmission du signal nociceptif depuis la périphérie (les méninges) vers le système nerveux central.

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Figure 1. Inhibition de la libération des neuromédiateurs pro-migraineux.

La lipophilie du lasmiditan lui permet de traverser la barrière hémato-encéphalique et d’atteindre également les sites centraux. Ainsi, son action ne se limite pas aux terminaisons nerveuses périphériques : il peut aussi agir sur les neurones de second ordre dans le noyau caudal du trijumeau (au niveau du tronc cérébral). L’activation des récepteurs 5-HT1F à ce niveau central se traduit par une réduction de l’excitabilité des voies nociceptives (diminution de l’expression de c-Fos dans le noyau trigéminé), contribuant à interrompre la propagation et la chronicisation de la douleur migraineuse. En résumé, les ditans agissent comme des “anti-migraineux neuronaux” : en ciblant le récepteur 5-HT1F du trijumeau, ils cassent la boucle trigémino-vasculaire en inhibant la décharge neuronale et la libération de médiateurs douloureux, sans effet direct sur les vaisseaux sanguins cérébraux. Chaque molécule de la classe (lasmiditan et autres candidats) partage fondamentalement ce mécanisme d’action via 5-HT1F, avec des différences essentiellement pharmacocinétiques ou de sélectivité fine. Notons qu’aucune des molécules étudiées ne présente d’activité significative sur les autres récepteurs sérotoninergiques (par exemple 5-HT1B/1D ou 5-HT2), ce qui garantit le profil d’action spécifique aux voies trigéminales.

Effets utiles en clinique

Les ditans, et en premier lieu le lasmiditan, se sont révélés efficaces cliniquement pour interrompre les crises migraineuses. Les études cliniques de phase III (tels que les essais SAMURAI et SPARTAN pour le lasmiditan) ont démontré que, comparativement au placebo, le lasmiditan augmente significativement la proportion de patients obtenant un soulagement de la céphalée dans les 2 heures suivant la prise. Environ 60 % des patients traités par lasmiditan 100–200 mg ont une réduction significative de la douleur (passage d’une douleur modérée/sévère à légère ou nulle) dans les 2 heures, contre ≈ 42 % sous placebo. Surtout, le lasmiditan permet à une fraction notable de patients de devenir complètement sans douleur à 2 heures (on parle de pain freedom), un critère clinique majeur. Bien que les chiffres varient selon les études, on rapporte qu’environ 30–40 % des patients peuvent être sans aucune douleur à 2 h sous lasmiditan 100–200 mg, soit un taux environ 2 fois supérieur au placebo.

Un atout important des ditans est leur rapidité d’action. Des améliorations cliniques (diminution de l’intensité céphalalgique, début de soulagement) ont été observées dès 30 minutes après la prise de lasmiditan dans les essais cliniques. Par exemple, dès la première demi-heure, le pourcentage de patients ressentant une diminution de la douleur était significativement plus élevé avec lasmiditan 100 ou 200 mg qu’avec un placebo. De plus, le lasmiditan aide à soulager les symptômes associés de la migraine : nausées, photophobie, phonophobie. L’évaluation du symptôme le plus gênant (MBS pour Most Bothersome Symptom, souvent la nausée ou la photophobie) a montré qu’un pourcentage supérieur de patients traités obtenaient la disparition de ce symptôme associé dès 30 minutes à 2 heures post-dose, comparativement au placebo. Ainsi, au-delà du soulagement de la douleur, les ditans améliorent également le confort global du patient en phase aiguë de migraine (réduction de l’hypersensibilité sensorielle, de l’envie de vomir, etc.).

Un autre effet utile en clinique est l’absence de vasoconstriction induite, ce qui confère au lasmiditan une option thérapeutique pour des patients exclus des triptans. En effet, chez les migraineux présentant des contre-indications cardiovasculaires (antécédents d’infarctus, d’AVC, d’angor, hypertension sévère non contrôlée…), les triptans sont proscrits. Le lasmiditan, n’agissant pas sur 5-HT1B, peut être utilisé sans risque de vasospasme coronaire pour traiter les crises de ces patients à haut risque. Cela étend la portée du traitement aigu de la migraine à une population de patients auparavant dépourvus d’option spécifique, ce qui représente un bénéfice clinique notable.

Enfin, on souligne que les effets du lasmiditan tendent à se prolonger suffisamment pour couvrir l’ensemble de la crise migraineuse. Les analyses des essais ont montré un faible taux de récidive de la céphalée dans les 24 heures suivant la dose : la proportion de patients restés sans douleur à 24 h est significativement plus élevée avec lasmiditan qu’avec placebo. En pratique, cela signifie qu’après avoir pris un lasmiditan pour une crise donnée, la plupart des patients n’auront pas de rechute douloureuse le jour même, ni besoin de reprendre un autre médicament une fois l’effet installé. Cet effet soutenu (qualifié de sustained pain freedom) est un avantage, car il limite le recours à des doses additionnelles ou à des traitements de secours, et réduit possiblement le risque de céphalée par rebond.

En résumé, les ditans offriraient un soulagement rapide et complet de la crise migraineuse, amélioreraient les symptômes associés, et ce sans restriction d’utilisation chez les patients à risque vasculaire. Leur efficacité clinique, démontrée par des études rigoureuses, place le lasmiditan comme une alternative dans l’arsenal thérapeutique de la migraine aiguë.

Pharmacodynamie des effets utiles en clinique

Le profil pharmacodynamique du lasmiditan explique en grande partie ses effets cliniques. D’abord, on observe une relation dose-effet marquée : les études de phase II/III ont montré qu’une dose de 100 mg est plus efficace qu’une dose de 50 mg, et que 200 mg apporte un bénéfice supplémentaire en termes de taux de réponse. Par exemple, la réduction de l’intensité de la douleur et le taux de patients sans migraine à 2 h étaient significativement plus élevés avec 200 mg qu’avec 100 mg, reflétant une pharmacodynamie dose-dépendante. En pratique, la dose de 200 mg s’est avérée la plus performante pour obtenir la disparition de la douleur à 2 h dans les essais, bien qu’au prix d’effets indésirables un peu plus fréquents, ce qui a conduit à recommander 100 mg ou 200 mg selon les patients.

Le début d’action pharmacodynamique est rapide. Après administration orale, le lasmiditan commence à activer les récepteurs 5-HT1F et à produire un effet antalgique en l’espace d’environ 30 minutes chez certains patients. La montée en puissance de l’effet se poursuit dans l’heure : vers 1 heure post-dose, une proportion substantielle de patients ressent déjà un soulagement de la douleur. L’effet thérapeutique maximal coïncide généralement avec le pic plasmatique du médicament autour de 1 h 30 – 2 h (voir Pharmacocinétique), moment où le taux de patients soulagés ou sans douleur est le plus élevé. Cette synchronisation traduit la corrélation directe entre la concentration active du lasmiditan et son impact pharmacodynamique sur la voie trigéminée migraineuse.

En termes de durée d’action, les effets pharmacodynamiques du lasmiditan couvrent plusieurs heures, suffisamment pour la plupart des crises. La demi-vie plasmatique d’environ 5–6 h (voir section Pharmacocinétique) permet une présence du médicament sur toute la phase aiguë. On constate qu’un seul comprimé peut maintenir l’absence de douleur sur 24 heures chez de nombreux patients, signe d’une action prolongée qui va au-delà de la simple décroissance plasmatique. Ceci suggère qu’une fois la cascade migraineuse enrayée par le lasmiditan, la douleur ne revient pas même après l’élimination partielle du médicament, peut-être grâce à l’interruption durable des mécanismes de sensibilisation centrale.

Au niveau des cibles, l’effet pharmacodynamique du lasmiditan a été objectivé par des marqueurs neurobiologiques. Par exemple, dans un modèle de migraine expérimentale, on a mesuré une baisse de l’expression de c-Fos dans le complexe trigémino-cervical après administration de lasmiditan, ce qui confirme la réduction de l’activation neuronale centrale en phase de migraine sous l’effet du médicament. Ce type de donnée illustre la traduction biologique de l’effet pharmacodynamique : le lasmiditan réduit effectivement l’hyperactivité des neurones de la douleur migraineuse, corrélant avec le soulagement clinique ressenti.

En résumé, la pharmacodynamie du lasmiditan se caractérise par une action rapide et prolongée sur la cascade migraineuse, proportionnelle à la dose administrée. Cette action se manifeste tant sur le plan clinique (disparition de la douleur et des symptômes en quelques heures) que sur le plan cellulaire (inhibition du relargage de CGRP, silence des neurones du trijumeau). L’absence d’effet vasculaire n’altère en rien ces propriétés pharmacodynamiques bénéfiques, ce qui montre bien que l’on peut obtenir un effet antimigraineux complet via la voie neuronale 5-HT1F.

Caractéristiques pharmacocinétiques utiles en clinique

Les paramètres pharmacocinétiques du lasmiditan soutiennent son usage pratique en traitement de crise migraineuse. Administré par voie orale, le lasmiditan est rapidement absorbé avec une biodisponibilité absolue modérée, de l’ordre de 55–65 %. Le délai pour atteindre la concentration plasmatique maximale (Tmax) est d’environ 1,5 heure à jeun (médiane ≈ 1,8 h). La présence de nourriture peut légèrement retarder l’absorption (Tmax ≈ 2,5 h après un repas lourd), mais sans réduction significative de la quantité absorbée. En pratique, le lasmiditan peut donc être pris indifféremment avec ou sans aliments, l’effet pouvant juste survenir un peu plus tard en post-prandial.

Une fois absorbé, le lasmiditan se distribue amplement dans l’organisme. C’est une molécule lipophile, capable de traverser la barrière hémato-encéphalique pour atteindre le système nerveux central – propriété essentielle pour agir sur les récepteurs 5-HT1F du trijumeau central. Le volume de distribution est relativement élevé (indiquant une bonne pénétration tissulaire) et la liaison aux protéines plasmatiques est modérée, autour de 55–60 %, de sorte que près de la moitié de la dose circulante est libre et active.

Le métabolisme du lasmiditan se fait principalement par des voies non dépendantes du cytochrome P450. En effet, le lasmiditan n’est ni un substrat significatif, ni un inhibiteur ou un inducteur des enzymes CYP majeures. Il est essentiellement métabolisé par des enzymes extra-hépatiques ou non CYP (par exemple des monooxygénases, des enzymes de phase II – glutathion-S-transférases ou GST, UDP glucuronosyltransférases ou UGT…, dites de conjugaison –), formant plusieurs métabolites inactifs. Une majeure partie de la dose est ainsi éliminée sous forme de métabolites dans les urines (dont un métabolite principal, S-M8, représentant ≈ 66 % de la dose). L’excrétion fécale est minime. La demi-vie d’élimination du lasmiditan est d’environ 5,7 heures en moyenne. Cela signifie qu’en l’espace d’environ 24 heures, plus de 90 % du médicament est éliminé de l’organisme, un profil compatible avec une administration ponctuelle par 24 h sans accumulation significative à l’usage. D’ailleurs, aucune accumulation n’a été observée lors d’administrations répétées (jusqu’à 400 mg quotidiens pendant plusieurs jours) en raison de cette cinétique relativement brève.

Plusieurs aspects pharmacocinétiques sont cliniquement favorables : l’élimination rapide permet d’éviter une exposition prolongée (et donc réduit le risque d’effets indésirables retardés), et l’absence d’interactions CYP signifie que le lasmiditan a peu d’interactions médicamenteuses. Cependant, il convient de noter que le lasmiditan est un substrat des transporteurs P-gp et BCRP (protéine d’efflux, Breast Cancer Resistance Protein) au niveau intestinal et hémato-encéphalique. De ce fait, l’utilisation concomitante de médicaments influençant ces transporteurs pourrait théoriquement modifier l’absorption ou la pénétration cérébrale du lasmiditan. Par précaution, il est recommandé d’éviter l’association avec des substrats de la P-gp/BCRP ayant une étroite marge thérapeutique (ex. la digoxine, le dabigatran), car le lasmiditan pourrait entrer en compétition avec ces médicaments au niveau du transport, et en élever les concentrations. Inversement, un inducteur puissant de la P-gp (comme la rifampicine) pourrait réduire les concentrations de lasmiditan. Hormis ce mécanisme, aucun ajustement posologique n’est requis en cas de co-prescription courante : le lasmiditan ne modifie pas significativement la pharmacocinétique des autres traitements du fait de son profil neutre sur les CYP.

Enfin, la pharmacocinétique du lasmiditan présente peu de variabilité selon les patients. Les études de pharmacocinétique populationnelle indiquent qu’aucun facteur intrinsèque majeur (ni l’âge, ni le sexe, ni le poids, ni l’origine ethnique) n’affecte significativement l’exposition au lasmiditan. De même, l’insuffisance rénale légère à modérée et l’insuffisance hépatique légère (stades Child-Pugh A et B) n’entraînent pas de changement notable de la clairance. En l’absence de données chez les insuffisants hépatiques sévères (classe C) ou en insuffisance rénale terminale, la prudence est de mise, mais le profil d’élimination non rénal du lasmiditan laisse espérer qu’une accumulation drastique est peu probable. Quoi qu’il en soit, aucune adaptation posologique systématique n’est nécessaire en fonction de l’âge avancé, du statut rénal/hépatique modéré ou d’autres caractéristiques démographiques, ce qui simplifie l’utilisation clinique du lasmiditan.

Source de la variabilité de la réponse

Malgré une pharmacocinétique relativement constante entre les individus, plusieurs facteurs peuvent influencer la réponse clinique aux ditans :

- Facteurs pharmacocinétiques intrinsèques : Comme indiqué, l’impact des variations génétiques ou physiologiques sur la PK du lasmiditan est limité. L’absence de métabolisme CYP signifie qu’il n’existe pas de polymorphisme majeur de métaboliseur lent/rapide le concernant. De même, les différences d’âge, de poids ou de fonction rénale/hépatique modérée n’ont pas d’effet significatif sur les concentrations plasmatiques. Il en résulte une variabilité interindividuelle d’exposition relativement faible (les études mentionnent ≈ 30–40 % de variabilité inter-sujets) et donc une variabilité pharmacocinétique modérée comparée à d’autres médicaments. Cela contribue à une réponse plus prévisible d’un patient à l’autre.

- Facteurs pharmacodynamiques individuels : La sensibilité du patient à l’effet du ditan peut varier en fonction de caractéristiques biologiques difficiles à mesurer. Par exemple, on peut supposer qu’il existe des différences individuelles dans l’expression des récepteurs 5-HT1F ou dans la prédominance du CGRP dans la physiopathologie des crises d’un patient donné. Chez certains migraineux, la voie du CGRP peut être particulièrement active, ce qui pourrait les rendre très répondeurs aux ditans, tandis que d’autres pourraient avoir des mécanismes douloureux partiellement différents (ex. plus de glutamate, d’autres neurotransmetteurs) et donc une réponse moindre. Ces hypothèses restent à documenter, mais pourraient expliquer que, malgré une dose adéquate, certains patients répondent mieux que d’autres aux ditans. Néanmoins, globalement, la variabilité pharmacocinétique semble faible : le lasmiditan soit fonctionne chez un patient (avec un fort taux de succès sur les crises), soit s’avère insuffisant chez un autre, ce qui relève plus d’une variabilité binaire (répondeur/non-répondeur) que d’un gradient continu.

- Moment d’administration par rapport à la crise : Un élément crucial influençant la réponse est le timing de la prise du médicament. Comme pour la plupart des traitements de crise migraineuse, l’efficacité du lasmiditan est meilleure lorsque le médicament est pris tôt dans la crise, c’est-à-dire dès que la douleur modérée apparaît, plutôt qu’après plusieurs heures de progression de la migraine. Un patient qui tarde trop (attendant que la douleur soit très intense ou installée depuis longtemps) aura une réponse possiblement moindre ou retardée. Ceci n’est pas propre aux ditans mais s’inscrit dans les principes généraux de prise en charge de la crise migraineuse.

- Facteurs extrinsèques (interactions, co-morbidités) : Bien que le lasmiditan n’ait pas d’interactions CYP significatives, des interactions pharmacocinétiques peuvent survenir via les transporteurs. Un patient prenant un inducteur de la P-gp (par ex. certains antiépileptiques ou millepertuis) pourrait voir l’effet du lasmiditan diminué (car le médicament serait davantage expulsé hors du système nerveux central). Inversement, un inhibiteur de la P-gp/BCRP (certains antiviraux ou vérapamil) pourrait augmenter les concentrations cérébrales de lasmiditan et potentiellement accentuer ses effets (et effets indésirables). Outre les interactions pharmacocinétiques, des interactions pharmacodynamiques doivent être considérées : la co-administration avec d’autres dépresseurs du système nerveux central (benzodiazépines, opioïdes, antihistaminiques sédatifs, alcool, cannabis) peut potentialiser la somnolence et les vertiges induits par le lasmiditan, modifiant ainsi la tolérance et indirectement l’efficacité ressentie (un patient trop somnolent pourrait, par exemple, ne pas percevoir nettement le soulagement de sa migraine ou être contraint de dormir). Par ailleurs, bien que cela soit rarissime, l’association d’un ditan avec d’autres agents sérotoninergiques (ex. antidépresseurs ISRS/IRSNa, triptan pris à distance rapprochée) pourrait théoriquement favoriser un syndrome sérotoninergique (quelques cas isolés ont été rapportés avec le lasmiditan). Il convient donc d’être vigilant chez les patients polymédiqués.

- État de la maladie migraineuse : La fréquence des crises et l’usage d’autres traitements peuvent influencer la réponse aux ditans. Par exemple, un patient en migraine chronique (crises très fréquentes) ou en abus de médicaments de crise pourrait présenter une moindre réponse à tout traitement aigu. Les données générales sur la migraine suggèrent que l’inefficacité apparente de traitements peut être liée à la surutilisation d’antalgiques entraînant des céphalées chroniques par abus. Le lasmiditan n’échappe pas à cette règle : utilisé trop fréquemment (plus de quelques fois par mois), il pourrait contribuer à une escalade de la fréquence des maux de tête (phénomène de céphalée par surconsommation). Il est donc recommandé de limiter son usage et de monitorer la fréquence des prises (voir Surveillance).

En résumé, la réponse aux ditans est globalement fiable et uniforme grâce à une pharmacocinétique stable et un mécanisme d’action spécifique. Les principales variations proviennent du profil du patient (timing de prise, co-médications, facteurs de la maladie). Une sélection appropriée des patients (éviter les poly-médications à risque, traiter tôt la crise) et un accompagnement personnalisé (éducation du patient, suivi de l’efficacité) permettent de minimiser ces variabilités et d’optimiser les bénéfices cliniques du lasmiditan.

Situations à risque ou déconseillées

Plusieurs situations cliniques requièrent une prudence particulière ou représentent des contre-indications à l’utilisation des ditans :

- Insuffisance hépatique ou rénale sévère : Par précaution, l’usage du lasmiditan est déconseillé chez les patients atteints d’une insuffisance hépatique sévère (Child-Pugh C) ou d’une insuffisance rénale sévère (clairance de la créatinine < 30 mL/min). Bien que les données indiquent peu de variation pharmacocinétique en insuffisance modérée, les formes sévères de ces pathologies n’ont pas été étudiées et pourraient entraîner une accumulation du médicament ou de ses métabolites. En l’absence de données de sécurité, on s’abstiendra donc de prescrire un ditan dans ces situations, ou uniquement sous surveillance étroite si le bénéfice est jugé supérieur aux risques.

- Patients nécessitant vigilance (conduite, travail en hauteur, etc.) : Le lasmiditan induit fréquemment une dépression du système nerveux central (SNC) avec somnolence et vertiges. Ainsi, il ne doit pas être utilisé si le patient ne peut pas éviter de conduire ou d’entreprendre une activité exigeant une vigilance accrue dans les heures qui suivent. Les autorités recommandent formellement de ne pas conduire pendant au moins 8 heures après une prise de lasmiditan. Une altération significative des capacités de conduite a été démontrée sous lasmiditan (y compris si le patient se sent subjectivement bien) et des accidents pourraient survenir en cas de non-respect de cette consigne. Par conséquent, une situation où un patient migraineux ne pourrait cesser son activité (par ex. un conducteur professionnel en service, un opérateur de machine) constitue une contre-indication de fait à l’utilisation du lasmiditan à ce moment-là.

- Association avec des dépresseurs du SNC ou de l’alcool : La consommation d’alcool ou de substances sédatives (benzodiazépines, opioïdes, sédatifs hypnotiques, cannabis) autour de la prise d’un ditan est à haut risque d’effets additifs. De rares cas de dépression respiratoire ou de confusion intense pourraient théoriquement survenir si le lasmiditan est combiné à d’autres dépresseurs du SNC à doses élevées. Il est donc déconseillé d’associer le lasmiditan avec ces substances, ou alors avec une extrême prudence (réduction de dose, surveillance d’un tiers). En pratique, on conseille au patient de ne pas boire d’alcool du tout lors d’une crise traitée par lasmiditan, et d’éviter de prendre d’autres médicaments sédatifs dans les 8 heures suivant la dose.

- Pathologies cardiovasculaires et facteurs de risque : Bien que les ditans ne provoquent pas de vasoconstriction, la prudence s’impose chez les patients cardiaques. Les données cliniques initiales excluaient les patients avec cardiopathie sévère, on manque donc de recul chez ces malades. On a observé que le lasmiditan peut induire de légères modifications des constantes cardiovasculaires : une baisse de la fréquence cardiaque moyenne de 5–10 bpm et parfois des palpitations ou une élévation tensionnelle transitoire ont été rapportées. Par conséquent, chez un patient avec bradycardie de base, troubles du rythme, insuffisance cardiaque avancée ou hypertension non contrôlée, l’utilisation d’un ditan doit être soigneusement pesée. Ce n’est pas une contre-indication absolue (au contraire des triptans qui le seraient), mais une évaluation au cas par cas. Par exemple, chez un coronarien stable, le lasmiditan peut être utilisé si besoin, mais on évitera chez un patient ayant une angor instable ou ayant fait un infarctus très récent par manque de données. De même, en cas de prise concomitante de bêta-bloquants (souvent utilisés en prophylaxie de la migraine), il faut anticiper un risque accru de bradycardie : un cas d’interaction a montré qu’une dose de 200 mg de lasmiditan ajoutée à un bêta-bloquant (propranolol) augmentait la bradycardie. Ainsi, cardiopathies et HTA non contrôlée sont des situations à haut risque nécessitant soit d’éviter le lasmiditan, soit de l’employer en milieu contrôlé (première prise sous surveillance tensionnelle, voir section Surveillance).

- Grossesse et allaitement : Le lasmiditan n’a pas été étudié chez la femme enceinte. Les données animales ont révélé des effets embryo-fœtaux indésirables à doses élevées (délétères pour le développement), et on ne dispose d’aucune étude adéquate chez la femme enceinte. En raison de cette absence de données et du fait que la migraine peut souvent être gérée par d’autres moyens pendant la grossesse, il est déconseillé d’utiliser un ditan pendant la grossesse, sauf situation exceptionnelle où aucun autre traitement n’est possible et où la crise migraineuse menace gravement la mère. De même, on ignore si le lasmiditan passe dans le lait maternel ; par mesure de précaution, l’allaitement est à éviter dans les 24 heures suivant une prise de lasmiditan, pour ne pas exposer le nourrisson.

- Enfants et adolescents (< 18 ans) : La sécurité et l’efficacité du lasmiditan n’ont pas été évaluées chez les sujets pédiatriques. Les migraines de l’enfant/adolescent disposent d’autres approches, et en l’absence de données, les ditans sont contre-indiqués chez les moins de 18 ans.

- Antécédents d’abus de substances : Le lasmiditan est classé comme substance contrôlée de catégorie V aux États-Unis, reflétant un faible potentiel d’abus mais existant. En effet, environ 1 % des patients rapportent des sensations d’euphorie ou des hallucinations visuelles sous lasmiditan à dose thérapeutique. Ces effets psychodysleptiques rares suggèrent que le lasmiditan pourrait être détourné à des fins récréatives par certains individus vulnérables. Ainsi, chez un patient avec des antécédents de toxicomanie ou d’usage détourné de médicaments, la prescription d’un ditan doit être prudente. Il conviendra d’évaluer le risque, de limiter la quantité délivrée par ordonnance et de surveiller tout comportement évocateur d’abus (demande de renouvellements trop rapprochés, prise hors des crises, etc.). Globalement, le risque addictif du lasmiditan est très faible comparé aux substances classiques d’abus, mais il n’est pas nul.

En résumé, les situations à risque pour l’utilisation des ditans incluent : les insuffisances sévères (foie, rein), la nécessité impérieuse de rester alerte après la prise (conduite, machines), l’association à d’autres dépresseurs du SNC, les terrains cardiovasculaires fragiles, la grossesse/allaitement, l’enfance, et les patients à tendance addictive. Dans ces contextes, il est soit déconseillé d’employer le lasmiditan, soit nécessaire d’adopter des mesures de précaution renforcées si son usage est tout de même envisagé.

Précautions d’emploi

Pour utiliser les ditans en toute sécurité et efficacité, un certain nombre de précautions d’emploi doivent être respectées :

- Respect de la posologie recommandée : Le lasmiditan s’administre à la dose de 50, 100 ou 200 mg en une seule prise lors de la survenue de la crise migraineuse. Au-delà de 200 mg par 24h, non seulement l’efficacité additionnelle n’est pas démontrée, mais le risque d’effets indésirables (notamment la somnolence prolongée) augmente nettement. De plus, par mesure de sécurité routière, toute redose dans les 24h est proscrite car elle prolongerait d’autant la période d’inaptitude à la conduite. Il est également recommandé de ne pas traiter plus de 4 crises par mois avec le lasmiditan (soit pas plus d’une prise par semaine en moyenne), car la sécurité au-delà de cette fréquence n’a pas été établie. Si un patient a plus de 4 migraines mensuelles nécessitant un traitement de crise, une stratégie de fond/prophylaxie devra être optimisée plutôt que d’augmenter le nombre de prises de ditan.

- Anticipation de l’organisation post-dose : Le patient doit être informé en amont qu’après la prise d’un lasmiditan, il devra s’abstenir de conduire tout véhicule, de piloter un avion ou d’utiliser des machines dangereuses pendant au moins 8 heures. Il est souhaitable qu’il puisse s’isoler ou s’allonger dans un environnement calme suite à la prise, en raison de la fréquence des vertiges et de la somnolence. Concrètement, le patient planifiera la prise au moment opportun (par exemple à domicile ou dans un lieu où il peut rester), et ne reprendra ses activités normales qu’après une nuit de sommeil ou un intervalle suffisant. Cette précaution vise à éviter les accidents (de la route notamment) liés aux effets sédatifs du médicament.

- Gestion d’une crise non soulagée : Si le lasmiditan ne soulage pas suffisamment la crise (cas minoritaire), il ne faut pas reprendre une seconde dose de ditan (peu probable que la deuxième prise soit bénéfique). À la place, le patient peut avoir recours à un traitement de secours distinct, tel qu’un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS) ou un antiémétique, selon les conseils du médecin. L’association simultanée d’un triptan et d’un lasmiditan n’est pas recommandée, faute de données sur la tolérance de cette combinaison. Néanmoins, si un triptan a été pris quelques heures avant sans succès, un lasmiditan peut théoriquement être essayé plus tard (ou vice-versa) avec l'avis du médecin, en veillant à ce que l’effet sédatif du lasmiditan ne surprenne pas le patient. De façon générale, il ne faut pas additionner les traitements de crise : le lasmiditan est pensé pour être un traitement unique de la crise. En cas d’échec répété du lasmiditan sur les crises d’un patient, il faudra réévaluer la stratégie thérapeutique (et envisager d’autres classes de médicaments ou un traitement de fond renforcé).

- Conseils hygiéno-diététiques lors de la prise : Il est judicieux de recommander au patient de rester bien hydraté et d’éviter les changements de position brusques après la prise, afin de minimiser l’impact des vertiges. La consommation d’alcool est prohibée dans les heures suivant la prise du lasmiditan, car elle pourrait aggraver la somnolence et les troubles de l’équilibre. De même, il faudra éviter de prendre d’autres médicaments sédatifs (par exemple un antihistaminique H1 ou un anxiolytique) conjointement, sauf avis médical, pour ne pas cumuler les effets dépresseurs centraux.

- Précautions chez les patients fragiles : Pour les personnes âgées ou celles avec un équilibre orthostatique précaire, il est recommandé de mesurer la tension artérielle et le pouls lors des premières prises de lasmiditan. Cela permet de vérifier qu’il n’y a pas de réaction anormale (trop forte bradycardie ou hypotension). Si un patient est sous bêtabloquant, on redoublera de vigilance car le lasmiditan peut encore plus ralentir le cœur. On veillera aussi à sécuriser l’environnement immédiat du patient en cas de vertige (par exemple, rester assis quelques minutes après la prise avant de se lever).

- Surveillance de la fréquence d’utilisation : On expliquera au patient l’importance de ne pas dépasser la fréquence d’usage recommandée (max. 4 doses/mois) afin de prévenir la céphalée par surconsommation d’antalgiques. Le patient sera invité à tenir un agenda de ses crises et traitements (voir section Surveillance des effets) pour que le prescripteur puisse contrôler ce point. En cas de besoin plus fréquent, le médecin ajustera le traitement de fond plutôt que d’autoriser plus de prises de lasmiditan.

- Informer sur les effets indésirables attendus : Une bonne part des précautions consiste à éduquer le patient sur ce qu’il peut ressentir. Il faut le prévenir que les étourdissements, la somnolence, la fatigue sont fréquents, mais qu’ils sont transitoires et souvent légers à modérés. Le patient doit savoir qu’il peut aussi ressentir des picotements cutanés (paresthésies) ou une légère faiblesse musculaire passagère, et que ces symptômes ne sont pas alarmants s’ils restent modérés. En revanche, s’il éprouve des signes plus sérieux (par exemple des hallucinations visuelles, une confusion mentale majeure ou des palpitations intenses), il doit s’abstenir de reprendre le médicament et consulter rapidement. Heureusement, ces effets graves sont très rares, mais le patient informé saura réagir de façon appropriée si cela survient.

Au final, appliquer ces précautions d’emploi permettra d’optimiser la sécurité du traitement par ditan tout en maintenant son efficacité.

Effets indésirables

Le profil d’effets indésirables des ditans est désormais bien cerné grâce aux études cliniques du lasmiditan. Globalement, le lasmiditan est bien toléré et aucun effet indésirable grave directement imputable au médicament n’a été signalé dans les essais cliniques randomisés. Néanmoins, comme tout agoniste central, il induit plusieurs effets indésirables, principalement liés à son action sur le système nerveux central.

Les effets indésirables fréquents et très fréquents (≥ 1 % des patients) du lasmiditan sont surtout neuro-sensoriels :

- Vertiges et sensation de tête qui tourne (reportés chez environ 15–20 % des patients), c’est l’effet le plus fréquent, parfois décrit comme une ivresse légère ou un déséquilibre.

- Somnolence et sédation (chez ≈ 8% des patients), pouvant aller de la simple fatigue à une envie de dormir marquée.

- Paresthésies (fourmillements, picotements cutanés, notamment au niveau des extrémités ou du visage) chez ≈ 6–7 % des patients. Ce symptôme est bénin et transitoire.

- Fatigue ou sensation de faiblesse (chez ≈ 5 %), parfois décrite comme une baisse d’énergie après la crise.

- Nausées et parfois vomissements (4–5 % des cas). Difficile de distinguer ce qui revient au médicament de ce qui relève de la migraine elle-même, car la crise provoque souvent des nausées ; toutefois, quelques patients notent une majoration de la nausée post-prise.

- Asthénie (2–3 %), pouvant persister quelques heures.

Ces effets indésirables surviennent typiquement peu après la prise (dans la première heure suivant le comprimé) et reflètent l’action rapide du lasmiditan sur le cerveau. Ils sont le plus souvent d’intensité légère à modérée et de courte durée (résolutifs en quelques heures). La sédation et les vertiges sont dose-dépendants : plus fréquents à 200 mg qu’à 100 mg. Ces symptômes sont gérables en conseillant au patient de s’allonger et de se reposer. Aucun traitement spécifique n’est requis, ils disparaissent spontanément.

D’autres effets indésirables ont été rapportés, parmi lesquels :

- Troubles cardiovasculaires légers : on a noté occasionnellement des palpitations, une sensation de battements cardiaques forts ou une tachycardie transitoire chez certains patients. À l’inverse, une bradycardie modérée (ralentissement du pouls de ≈ 5–10 bpm) a été objectivée chez d’autres, en particulier lorsque le lasmiditan est pris en combinaison avec un bêtabloquant. De plus, de rares patients ont eu une élévation passagère de la pression artérielle après la prise, bien que le mécanisme soit incertain (peut-être une réaction au soulagement de la douleur ou au stress). Ces effets cardiovasculaires restent généralement sans gravité et transitoires. Aucun cas d’angine de poitrine, d’arythmie grave ou d’ischémie myocardique n’a été imputé au lasmiditan dans les études, en cohérence avec l’absence d’effet vasoconstricteur du médicament.

- Effets neuro-psychiatriques rares : environ < 1 % des patients peuvent éprouver des symptômes inhabituels tels qu’une euphorie (sensation de bien-être intense, inappropriée) ou des hallucinations visuelles légères peu après la prise. Ces phénomènes sont généralement brefs et sans conséquence, mais ils expliquent le classement du lasmiditan en substance contrôlée (faible potentiel d’abus). De très rares cas de dépersonnalisation, de confusion ou d’hallucinations auditives ont pu être signalés post-commercialisation, mais difficile d’en établir la causalité directe. En tout état de cause, ces effets psychotropes restent exceptionnels et dose-dépendants.

- Autres : Certains patients ont rapporté une sensation de lourdeur musculaire ou de faiblesse musculaire passagère (parfois décrite dans les jambes ou la nuque). Cet effet pourrait être lié à la sédation centrale ou à la fin de la crise elle-même. Des bouffées de chaleur ou transpirations ont aussi été notées de façon anecdotique. Enfin, un syndrome sérotoninergique a été très rarement suspecté chez des patients prenant le lasmiditan en association avec d’autres agents sérotoninergiques (comme certains antidépresseurs). Les symptômes rapportés dans ces cas incluaient agitation, tachycardie, hyperréflexie et sueurs, apparaissant dans les heures suivant la prise. Bien que le lien avec le lasmiditan soit incertain (et que le 5-HT1F ne soit pas classiquement impliqué dans ce syndrome), une vigilance reste de mise en cas de polythérapie.

Il est à noter que, grâce à l’absence d’effet 5-HT1B, les ditans n’entraînent pas certains effets indésirables typiques des triptans tels que les constrictions thoraciques, les fourmillements dans les bras ou la sensation de poids sur la poitrine (liées à la vasoconstriction coronaire des triptans). Cette meilleure tolérance sur le plan cardiovasculaire est un avantage important du lasmiditan. Les patients à qui on substitue un ditan après avoir eu des effets indésirables avec les triptans rapportent souvent une tolérance bien supérieure, les seuls effets ressentis étant ceux, plus bénins, listés ci-dessus (vertige, sédation).

En somme, les effets indésirables des ditans sont surtout centrés sur le système nerveux central (sédation, vertiges, paresthésies), généralement peu sévères et transitoires. Le profil de sécurité globale du lasmiditan est jugé favorable en usage aigu, ce qui a été confirmé par les études de suivi où aucun signal de toxicité à long terme n’a émergé. Une utilisation raisonnée (respect des doses et des précautions d’emploi) permet de minimiser ces effets indésirables pour le patient.

Surveillance des effets

La mise en place d’un traitement par ditan s’accompagne d’un suivi attentif par le médecin et le pharmacien afin de maximiser le bénéfice clinique tout en surveillant les éventuels effets indésirables. Les axes de surveillance incluent :

- Suivi de l’efficacité sur les crises : Il est recommandé de tenir un journal de migraines que le patient remplira, notant chaque crise, son intensité, le traitement pris (lasmiditan ou autre) et le degré de soulagement obtenu. Ce carnet permet au médecin d’évaluer objectivement l’efficacité du lasmiditan au fil du temps : nombre de crises traitées avec succès, délai d’action moyen, nécessité éventuelle d’un traitement de recours, etc. On surveillera notamment le taux de crises non soulagées et le recours à des traitements additionnels. Si, par exemple, un patient constate que seulement 1 crise sur 3 est bien soulagée par le lasmiditan, le clinicien pourra envisager d’ajuster la dose (passer de 100 à 200 mg si toléré) ou de changer de stratégie thérapeutique. Ce suivi de l’efficacité est important pour s’assurer que le traitement apporte le bénéfice attendu et, dans le cas contraire, pour ne pas persister inutilement avec un schéma inefficace.

- Surveillance de la fréquence d’utilisation : Le carnet de migraines aide également à repérer une utilisation excessive du lasmiditan. Le professionnel de santé vérifiera que le patient ne dépasse pas la fréquence maximale recommandée (4 prises par mois). Si le journal montre, par exemple, 6 prises dans le mois, cela alertera le médecin sur un possible abus médicamenteux ou une aggravation de la migraine nécessitant un ajustement du traitement de fond. Une telle surveillance prévient le risque de céphalée par surconsommation d’antalgiques et évite au patient d’entrer dans un cercle vicieux migraine/prise excessive.

- Surveillance des paramètres vitaux (si indiqué) : Chez certains patients, notamment ceux avec des antécédents cardiovasculaires ou âgés, il peut être utile de monitorer la pression artérielle et la fréquence cardiaque lors des premières administrations de lasmiditan. Par exemple, le médecin peut demander au patient de venir à la clinique pour la première prise ou de mesurer sa tension à domicile 1 heure après la prise. Ceci dans le but de détecter une réponse anormale (telle qu’une hypotension excessive ou une bradycardie marquée). Dans la plupart des cas, on n’observe rien de préoccupant, mais cette prudence initiale permet de sécuriser l’introduction du traitement. Si aucun problème n’apparaît lors des premières prises, un monitorage ultérieur systématique n’est pas nécessaire. En revanche, si des anomalies sont relevées (par ex. tension artérielle qui monte significativement), le médecin décidera soit de contre-indiquer le traitement, soit de l’encadrer de plus près (doses plus faibles, surveillance rapprochée).

- Surveillance des effets indésirables : À chaque consultation ou renouvellement d’ordonnance, le prescripteur doit interroger le patient sur les effets ressentis avec le lasmiditan. On cherchera activement à savoir si le patient a souffert d’une somnolence trop importante, de vertiges invalidants, ou de tout symptôme inattendu. Le patient doit se sentir libre de décrire ses sensations (parfois les patients n’osent pas signaler une légère euphorie ou des hallucinations transitoires de peur que le traitement leur soit retiré). En cas d’effets indésirables importants, on pourra adapter la prise (par exemple, recommander de ne prendre le médicament qu’étant couché, diminuer la dose si possible) ou envisager un autre traitement si la réaction au médicament est vraiment mauvaise. Heureusement, la plupart des patients tolèrent bien le lasmiditan et rapportent au plus une fatigue passagère. Néanmoins, ce suivi permet d’individualiser la prise en charge : par exemple, si un patient mentionne qu’il a été très somnolent pendant 12 h après 200 mg, le médecin peut proposer d’essayer 100 mg pour voir si le compromis efficacité/acceptabilité est meilleur.

- Observance des précautions : Le pharmacien et le médecin doivent s’assurer, par un rappel éducatif, que le patient respecte les précautions d’emploi. On pourra poser des questions ciblées : « Avez-vous bien évité de conduire après la prise ? », « Avez-vous pris plus de 200 mg par jour à un moment ? », « Consommez-vous de l’alcool lors de vos crises ? », etc. Ceci afin de vérifier l’adhésion du patient aux consignes de sécurité. Cette surveillance de l’observance est essentielle car un échec du traitement peut parfois s’expliquer par un mésusage (par ex. patient qui prend le comprimé trop tard dans la crise, ou qui ne suit pas les conseils et se met en danger).

En résumé, la surveillance d’un traitement par ditan repose sur : le contrôle de l’efficacité (agenda des crises), la prévention de l’abus (fréquence des prises), la vigilance sur les effets indésirables (questionnement systématique, mesure des constantes si besoin) et le renforcement de l’éducation thérapeutique (rappels des précautions à chaque occasion).

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  • Dernière modification: : Marc Labriffe
  • 06 Juin 2025