Pharmacocinétique et variabilité de réponse au médicament

Influence des formes et voies d'administration sur le devenir du médicament

Les points essentiels

Plusieurs voies d’administration du médicament peuvent être utilisées pour une même molécule. On retiendra les plus courantes (voie orale, voie intraveineuse IV), les voies locales (collyres, pulvérisations nasales, intrathécale…), les voies qui améliorent la biodisponibilité du médicament, les voies de l’urgence (voie intrarectale, IV, intramusculaire IM), les voies injectables (IV, IM, sous cutanée) et celles permettant de prolonger la durée d’absorption du médicament (transdermique).

L’effet de premier passage hépatique correspond à la transformation du médicament lors de son premier passage par le foie, avant d'avoir atteint la circulation systémique, lors d'une administration par voie orale. Cet effet de premier passage contribue à la réduction de la biodisponibilité. Certaines voies d'administration évitent cet effet de premier passage puisque le médicament ne passe pas par le foie avant d'atteindre la circulation systémique : la biodisponibilité maximale est obtenue après administration d’un médicament par voie IV et les voies sublinguale ou intrarectale évitent le passage hépatique. D’autres tissus sont capables de biotransformer les médicaments (poumon, intestin), mais cette forme de métabolisation reste modeste par rapport au foie.

Le choix de la voie sera influencé par la rapidité et la durée souhaitées pour l’effet, en plus des facteurs liés au patient.  

Biodisponibilités et caractéristiques des principales voies d’administration chez le sujet normal.

Voie d’administration Biodisponibilité Caractéristiques
Intraveineuse 100 % T max le plus court et donc survenue de l’effet le plus rapide
Orale ≤ 100% (parfois très faible) Voie la plus courante, biodisponibilité variable selon la résorption digestive et l’effet de premier passage
Intramusculaire ≤ 100% Voie rapide mais douloureuse, peu utilisée sauf pour les formes retard
Sous-cutanée ≤ 100% Facilité d’utilisation, intérêt également en pédiatrie
Rectale < 100% Voie de l’urgence en pédiatrie ou voie alternative
Transdermique ≤ 100% Longue durée d’action (patchs), absence d’effet de premier passage
Transmuqueuse (intranasale, gingivale...) ≤ 100% Absorption rapide et intense possible, sans effet de premier passage

La voie locale optimise la concentration de la substance active au niveau du site d’intérêt (exemple des collyres). La nature de la cible (vascularisation, tissu néoplasique) influence les paramètres pharmacocinétiques des voies locales. Cependant, l’administration d’un médicament par voie locale expose aux effets systémiques de la molécule administrée.

Pour une même voie d’administration, la galénique peut considérablement modifier le profil cinétique d’un médicament. Un médicament administré par voie orale peut être présenté sous différentes formes :
         Certaines formes faciliteront une bonne résorption digestive ayant comme résultat une constante d’absorption (Ka) rapide et un pic de concentration précoce et plus élevé. Ces formes sont utiles pour obtenir un effet rapide (exemple de la morphine à effet immédiat : Actiskenan®). 

         D’autres formes permettront une résorption digestive plus progressive, étalée dans le temps afin d’obtenir un effet prolongé (exemple de la morphine à effet prolongé : Skenan® LP).  La formulation d’un principe actif conditionne sa vitesse de résorption et toute modification de sa présentation (ouverture d’une gélule par exemple) peut entraîner d’importantes conséquences d’exposition.

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