Il existe deux classes de médicaments ciblant les récepteurs aux oestrogènes (ER) : les "Selective Estrogen Receptor modulators" (SERM) et les "Selective Estrogen Receptor Downregulators" (SERD).
Les SERM sont des molécules non stéroïdiennes qui fonctionnent comme des agonistes ou des antagonistes pour les récepteurs aux œstrogènes (ER) d'une manière cible dépendante (spécifique des gènes et des tissus), contrairement aux œstrogènes qui agissent comme des agonistes des ER. La spécificité des SERM implique une expression spécifique des sous-types d'ERs dans les tissus, l'expression des différentes protéines co-régulatrices dans les divers tissus ainsi que des changements variables dans la conformation des ER induits par la liaison du ligand.
À ce jour, les principales applications cliniques des SERM sont leur utilisation dans la prévention et le traitement du cancer du sein, la prévention de l'ostéoporose chez les femmes ménopausées (Autres médicaments de l'ostéoporose), et comme indicateur de l'ovulation (Médicaments inducteurs de l'ovulation).
Les SERD, quant à eux, se lient aux ER et entraînent leur dégradation rapide des ER. Ils ont donc une activité exclusivement antagonistes des récepteurs aux oestrogènes, quel que soit le tissu. Les SERD sont divisés en deux groupes en fonction de leurs structures chimiques. Les uns sont des composés stéroïdiens, tels que le fulvestrant ; les autres des composés non stéroïdiens, encore en développement (tels que le GW5638).
Les œstrogènes sont des hormones stéroïdiennes, qui diffusent facilement à travers la membrane cellulaire et à l'intérieur de la cellule, se lient à leurs récepteurs afin de les activer (Figure 1).

Deux sous-types du récepteur des œstrogènes, ERα et ERβ existent et présentent des profils de distribution cellulaire et tissulaire distincts.Ils appartiennent à la superfamille des récepteurs nucléaires, facteurs de transcription dont le rôle est essentiel non seulement pour la reproduction féminine mais aussi masculine. Les deux sous-types de récepteurs sont exprimés dans de nombreuses cellules et tissus, et ils contrôlent les fonctions physiologiques clés dans divers systèmes d'organes tels que les systèmes reproducteurs, squelettiques, cardiovasculaires et nerveux central (Figure 2). L'ERα est principalement exprimé dans la glande mammaire, l'utérus, les ovaires, les os, les organes reproducteurs masculins (testicules et épididyèmes), la prostate (stroma), le foie et le tissu adipeux. En revanche, l'ERβ est prédominant dans la prostate (épithélium), la vessie, l'ovaire (cellules de la granulosa), le colon, le tissu adipeux et le système immunitaire. Les deux sous-types de récepteurs sont fortement exprimés dans les systèmes cardiovasculaire et nerveux central.

Modulateurs sélectifs des récepteurs des œstrogènes : SERM
Inhibiteurs sélectifs des récepteurs des œstrogènes : SERD
SERM (Tamoxifène, Raloxifène, Torémifène, Clamoxifène)
Molécules non stéroïdiennes se liant de manière compétitive aux récepteurs aux œstrogènes.
Actions sélectives selon les tissus :
| Tamoxifène | Torémifène | Raloxifène | Clomifène | |
| Tissu osseux | + | + | + | + |
| Utérus | + | + | - | + |
| Sein | - | - | - | - |
Sélectivité expliquée par l'expression différentielle des récepteurs œstrogéniques et des co-régulateurs (co-activateurs et co-répresseurs).
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Historiquement, les ligands des ER ont été classés par leurs effets, soit comme agonistes, soit antagonistes des Oestrogènes. En réalité, il semble que chacun des ligands tombe quelque part dans un continuum d'agonisme et d'antagonisme, en dépendant des multiples aspects propres de chaque tissu ainsi que de chaque interaction ligand-récepteur. La spécificité tissulaire des modulateurs des récepteurs est l'aboutissement de plusieurs facteurs :
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SERD (Fulvestrant)
Liaison aux récepteurs aux oestrogènes et dégradation :
Le chef de file des SERM est le tamoxifène. Par son effet antagoniste de l'ERα, il est devenu le traitement de choix pour le cancer du sein ERα positif et pour réduire le risque de cancer du sein chez les patients à haut risque. Les essais en tant que traitement adjuvant du cancer du sein ont montré que l'utilisation des SERMs réduisait à la fois la récidive du cancer du sein et le cancer du sein contralatéral de 40% à 50%. L'efficacité du tamoxifène a été étudiée plus en détail dans quatre essais majeurs de phase III où il a réduit l'incidence globale du cancer du sein entre 16% et 49% et l'incidence du cancer du sein ER-positive entre 31% et 69%. Il a également été évalué pour son effet lutéotropique chez des femmes en phase lutéale moyenne ; il est efficace pour réduire la mastalgie prémenstruelle. Aujourd’hui, il a l’AMM dans le traitement du carcinome mammaire : soit en traitement adjuvant (traitement préventif des récidives), soit des formes évoluées avec progression locale et/ou métastatique.
Le torémifène a des profils d’efficacité similaires au tamoxifène en terme de réponse, de délai de progression et de survie. Il est indiqué dans le traitement hormonal de première intention du cancer métastatique du sein hormono-sensible de la femme ménopausée.
Les autres SERM (clomifène et rolexifène) n’ont pas d’autorisation de mise sur le marché dans le traitement du cancer du sein :
Le clomifène est indiqué dans le traitement de la stérilité par anovulation et dysovulation normoprolactinémiques d'origine haute fonctionnelle, pour l'induction de l'ovulation dans le cadre de l'assistance médicale à la procréation (insémination intra-utérine, FIV) (Médicaments inducteurs de l'ovulation) ou encore pour les tests à visée à la fois diagnostique et et/ou thérapeutique des insuffisances gonadotropes.
Le raloxifène est indiqué dans le traitement et la prévention de l'ostéoporose chez les femmes ménopausées (Autres médicaments de l'ostéoporose). Il réduit le risque de fractures vertébrales de 30–50 % chez les femmes ménopausées ostéoporotiques, sans effet clair sur les fractures non vertébrales.
Les SERD ont des effets anti-oestrogèniques par inhibition compétitive de la liaison de l'estradiol avec ses récepteurs, sans posséder d'effets oestrogéniques.
Ils sont utilisés surtout dans les cancers du sein HR+/HER2‑ avancés après résistance aux hormonothérapies « classiques » ; ils semblent améliorer la survie sans progression (PFS) versus hormonothérapie standard chez les patientes HR+/HER2‑ avancé prétraitées en cas de mutation ESR1.
| Molécules | Absorption | Distribution | Métabolisme | Elimination |
| SERM | ||||
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tamoxifène |
-très fortement lié aux protéines plasmatiques -demi-vie = 7 jours - équilibre en 5-6 semaines |
Hydroxylation, déméthylation, conjugaison - endoxifene (4-OH-N-demethyltamoxifen) |
élimination fécale |
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torémifène |
bonne absorption orale |
-très fortement lié aux protéines plasmatiques |
N-déméthyl-torémifène a une demi-vie de 11 jours (4 à 20 jours) et une activité antiestrogénique similaire à celle du torémifène, mais une activité anti-tumorale plus faible |
élimination fécale |
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raloxifène |
bien absorbé à 60% mais fort effet de premier passage hépatique biodisponibilité absolue de 2% |
- très fortement lié aux protéines plasmatiques |
-cycle entero- hépatique |
élimination fécale |
| clomifène | bonne absorption orale | cycle entéro-hépatique qui prolonge la demi-vie plasmatique supérieure à 24 heures. | élimination fécale | |
| SERD | ||||
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Fulvestrant |
Injection intramusculaire |
Distribution rapide et importante (extravasculaire) Forte liaison aux protéines plasmatiques (lipoprotéines)
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Plusieurs métabolites avec activité anti-oestrogénique inférieure ou similaire |
élimination fécale |
L’administration d’inhibiteurs puissants du CYP2D6 réduit les taux de métabolites actifs circulant du tamoxifène, notamment d’endoxifène et peuvent conduire à une réduction de ses effets cliniques. De même, le statut du polymorphisme CYP2D6 peut être associé à une variabilité de la réponse clinique au tamoxifène. Enfin, les données cliniques disponibles suggèrent que les patients qui sont homozygotes pour les allèles CYP2D6 non-fonctionnelles, peuvent présenter une diminution de l'effet du tamoxifène dans le traitement du cancer du sein.
Le tamoxifène n’est pas contre-indiqué en cas d'insuffisance hépatique sévère, contrairement aux autres SERMs ; il peut toutefois nécessiter une adaptation de posologie.
Le raloxifène n'est efficace dans ses indications que si des récepteurs œstrogéniques sont présents dans le tissu cible ou les tumeurs, ce qui nécessite parfois un typage biopsique.
Chez l'ensemble des patientes traitées (ménopausées ou non), il peut être observé :
Un accroissement de la fréquence des anomalies endométriales (atrophies pseudo-hyperplasiques, hypertrophies, polypes, cancer) imposant une exploration rapide et approfondie de toute patiente signalant des métrorragies.
Des cancers de l’endomètre, bien que peu fréquemment observés.
Des accidents cérébraux vasculaires ischémiques et accidents thrombo-emboliques fréquents, incluant thrombose profonde et embolie pulmonaire. Le risque thrombo-embolique est augmenté en cas d’association aux agents cytotoxiques.
Des bouffées de chaleur et un prurit vulvaire en rapport avec l'effet anti-estrogène.
Des leucorrhées peu importantes.
Des modifications des enzymes hépatiques et des anomalies hépatiques plus sévères, avec certaines d’évolution fatale, à type de stéatose, cholestase, hépatite, nécrose hépatique, cirrhose et insuffisance hépatocellulaire.
Des cas fréquents d'arthralgie ont été rapportés (fulvestrant).
Des crampes des membres inférieurs et des myalgies ont été fréquemment rapportées (raloxifène).
Des troubles visuels incluant des cataractes fréquentes, des modifications cornéennes rares et/ou des rétinopathies ont été fréquemment retrouvés, et pour lesquels un suivi ophtalmologique est recommandé (tamoxifène).
Chez les femmes non ménopausées, certains effets indésirables sont plus spécifiquement rapportés :
Une aménorrhée ou des irrégularités du cycle.
Une élévation éventuellement importante des taux d'estradiol circulan, associée à des kystes ovariens et/ou des ménométrorragies.
Pour tous les SERM :
- Surveillance attentive des patientes à risque d’accidents thrombo-emboliques.
- Surveillance attentive des patientes présentant une hypertriglycéridémie.
- Examen gynécologique complet (au moins 1x/an) : surveillance de tout saignement vaginal anormal + recherche d’une anomalie endométriale préexistante (tamoxifène)
Quelques surveillances complémentaires selon le médicament :
Recherche d’une augmentation de volume des ovaires par échographie si douleurs pelviennes, augmentation de poids, sensation de gonflement généralisé.
Avant le début du traitement : Détermination des taux de récepteurs de l’œstradiol et/ou de la progestérone dans la tumeur ou dans ses métastases (valeur pronostique).
Si traitement > 2 ans : Surveillance de la fonction hépatique.
Si terrain pro-arythmogène ou médicaments concomitants susceptibles de prolonger l’intervalle QT : Surveillance de l’intervalle QT.
Si terrain pro-arythmogène ou médicaments concomitants susceptibles de prolonger l’intervalle QT : Surveillance de l’intervalle QT.
La présence de métastases osseuses devra également être suivie attentivement en raison de la possibilité de survenue d'une hypercalcémie en début de traitement.